Le corps humain est constitué d'environ 100 000 milliards de cellules génétiquement identiques. Le renouvellement des tissus - des cellules naissent et meurent en permanence - exige plusieurs millions de divisions cellulaires par seconde à partir des cellules souches. Complètement déroulé, l'ADN des 46 chromosomes d'une seule de nos 100 000 milliards de cellules mesure 4 mètres de longueur. Nos cellules fabriquent donc chaque jour la quantité astronomique de 1 milliard de kilomètres de nouvelles molécules d'ADN pour les nouvelles cellules.

Chacun d'entre nous produit donc quotidiennement une longueur d'ADN égale à 3 000 fois la distance de la Terre à la Lune ! Chaque division cellulaire peut être l'occasion de ratés, de mutations de l'ADN. Lorsqu'une cellule se divise, son ADN doit être recopié puisque chacune des deux cellules "filles" doit posséder l'ensemble des chromosomes après la division. En quelques heures, les 3 milliards de bases chimiques de l'ADN sont recopiées par la machinerie cellulaire, qui est une sorte d'imprimante 3D.

Certaines substances chimiques agressent les molécules d'ADN

La nature est bien faite : le taux d'erreur lors du recopiage de l'ADN est faible, grâce à de nombreuses protéines qui sont spécialisées dans le dépistage des erreurs de recopiage et dans leurs corrections. Des anomalies apparaissent aussi à cause des substances chimiques qui agressent les molécules d'ADN. Chaque seconde, il y a environ 2 500 milliards de cassures d'un ou deux brins des molécules d'ADN de nos cellules. La machinerie cellulaire de réparation de l'ADN est incroyablement efficace, mais les cellules accumulent toutefois des mutations qui peuvent favoriser le cancer.

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La présence d'anomalies de l'ADN est une caractéristique de toutes les cellules cancéreuses. Le cancer survient lorsqu'un facteur interne (mutation héritée) ou externe (exposition à un facteur favorisant le cancer, comme le tabac, l'alcool, l'obésité ou l'exposition au soleil) augmente le nombre d'erreurs lors du recopiage de l'ADN ou accroît la fréquence des cassures de l'ADN mal réparées. Les cassures et mutations mal réparées sont donc normalement plutôt rares dans les cellules. Le risque de cancer est fortement augmenté quand une mutation abîme les gènes de réparation de l'ADN. Ainsi, le génome de la cellule devient instable avec de plus en plus de mutations, ce qui va gravement modifier le comportement biologique de la cellule.

Il n'y a pas de gène du cancer

En définitive, le cancer survient à cause de mutations qui se produisent dans une seule cellule sur les 100 000 milliards qui composent notre organisme. Cette cellule et sa descendance vont acquérir progressivement de nombreuses anomalies dans leur comportement biologique : par exemple, la capacité de se reproduire de plus en plus vite, de devenir immortelle et de refuser de se suicider lorsque les signaux provenant des autres cellules l'exigent. Ou bien encore la capacité de se séparer des cellules environnantes pour coloniser l'organisme : ce sont les métastases.

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Les mutations qui favorisent la prolifération des cellules sont sélectionnées et conduisent la cellule cancéreuse à ne plus obéir aux messagers chimiques du reste de l'organisme. Certains gènes peuvent favoriser l'apparition du cancer, mais il n'y a pas de gène du cancer : c'est la mutation de certains gènes, absolument indispensables au fonctionnement cellulaire dans leur forme non mutée, qui conduit au cancer. Réduire son risque cancéreux suppose de diminuer au maximum la proportion des mutations et des 2 500 milliards de cassures ADN par seconde qui seront mal réparées : ne pas trop boire, ne pas fumer, rester mince, éviter le soleil, ne pas abuser de la viande... constitue le bon cocktail préventif.