Elle s'appelle Emmanuelle Charpentier et, ce mercredi midi, elle vient de décrocher le prix Nobel de chimie. Depuis cinq ans, le nom de la biologiste française revenait de façon récurrente dans la liste des chances françaises d'obtenir un prix Nobel. Voici pourquoi.
La clé de son succès: CRISPR-Cas9. Un "mécanisme de défense bactérien contre les virus" qui permet "de faire de la chirurgie de grande précision sur l'ADN", résumait le quotidien suisse Le Temps, début 2015. Un outil révolutionnaire avec lequel "modifier un ADN devient presque aussi simple qu'un copier-coller", ajoutait Libération, attirant l'attention sur les applications potentielles, allant de "l'éradication de maladies" aux "abus" et aux "mutations inattendues".
Le Monde a consacré début 2015 un portrait à Emmanuelle Charpentier, ce "charmant petit monstre du génie génétique" qui, pourtant, ne vient pas du monde de l'ingénierie des gènes. "Ce fut un atout, car je n'étais pas formatée par les dogmes en vigueur", déclare la scientifique "au tempérament d'entrepreneuse", au quotidien du soir.
Un tempérament qui s'exprime hors des frontières françaises toutefois... Après des passages aux Etats-Unis et en Autriche, elle travaille à cheval entre la Suède et l'Allemagne, où elle dirige le département d'infectiologie du centre Helmholtz (Branshweig), et dirige désormais en Allemagne l'un des Instituts de la Max Planck Society, consacré à la biologie infectieuse à Berlin.
Un tandem fructueux avec Jennifer Doudna
Ces dernières années, la Française a allié ses forces à l'Américaine Jennifer Doudna, de Berkeley, en Californie avec laquelle elle partage donc le prix Nobel. "Nos deux laboratoires ont des expertises complémentaires. Celui d'Emmanuelle Charpentier, en biochimie et génétique bactériennes; le mien, en biochimie et biologie structurales", se réjouissait Jennifer Doudna en 2015 dans les colonnes du Monde.
Depuis, leur collaboration a été très fructueuse. Après des parutions remarquées depuis 2012, elles ont reçu une pléiade de prix dans de nombreux pays : le Breakthrough Prize in Life Sciences (Etats-Unis), le Prix Louis-Jeantet de médecine ou encore un Prix Princesse des Asturies. En 2016, le "Prix pour les femmes et la science", attribué par la Fondation L'Oréal et l'Unesco. Ou encore ou encore le prix Kavli pour les nanosciences en Norvège (2018).
Et bientôt un prix Nobel? En tout cas, les deux femmes deviennent les sixièmes et septièmes femmes à remporter un Nobel de Chimie depuis 1901 ! Depuis plusieurs années, les comités des Nobel, notamment en Sciences, comptent plus de femmes ce qui pousse à un peu plus de parité entre les deux sexes dans les attributions.
Depuis 2015, les"ciseaux génétiques" sont un formidable espoir
Leur découverte, CRISPR-Cas9, a le vent en poupe. Cette "ingénierie du génome" est extrêmement "prometteuse" pour le bien de l'humanité. La technique CRISPR-Cas9 ouvre des perspectives pour traiter voire guérir certaines maladies de façon simple et efficace comme la drépanocytose, la mucoviscidose et certains cancers.
Mais elle peut aussi rendre plus facile la possibilité de modifier l'ADN humain afin, par exemple, de... déterminer la couleur des yeux des bébés. Notamment pour certains chercheurs qui travaillent sur les embryons, les ovules ou le sperme. Depuis sa mise au point, CRISPR-Cas9 soulève aussi la défiance de certains spécialistes en matière d'éthique médicale qui ont longtemps cherché à instaurer un moratoire sur ce type de recherches. Aujourd'hui, avec la plus belle récompense internationale, le Prix Nobel, le temps de l'espoir l'a emporté.
