Pourra-t-on un jour remplacer les neurones détruits par les maladies neurodégénératives comme Parkinson ou Alzheimer ? L'idée peut paraître folle, mais quelques équipes de scientifiques y travaillent activement. Des chercheurs chinois et américains viennent ainsi de publier une étude dans le journal Nature montrant qu'ils étaient parvenus in vitro et in vivo à transformer en neurones fonctionnels des cellules gliales, qui jouent normalement un rôle de support de nos cellules nerveuses (à la fois en leur apportant du glucose et en éliminant leurs déchets métaboliques).
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Pour aboutir à ce résultat, ces scientifiques ont eu recours à une technique de thérapie génique. Ils l'ont d'abord appliquée avec succès à des cellules de souris et à des astrocytes (une des formes de cellules gliales) humains. Puis ils l'ont testée directement dans le cerveau de rongeurs atteints de la maladie de Parkinson. Là, les cellules gliales ciblées se sont transformées en neurones dopaminergiques, qui produisent la dopamine indispensable au contrôle des mouvements, justement ceux détruits dans cette pathologie.
Ces neurones ont peu à peu déployé leurs axones jusque dans le striatum, la région impliquée dans le contrôle de la motricité. "La reconnexion de ce circuit a permis de restaurer les niveaux de dopamine dans cette zone et de réduire les difficultés motrices des animaux", notent ces chercheurs. C'est une première, car si les scientifiques savent depuis déjà longtemps faire évoluer des cellules de peau ou même des astrocytes en neurones, ils n'avaient encore jamais réussi à les rendre fonctionnels.
La sécurité encore à valider
La technique utilisée est en apparence d'une grande simplicité : elle a consisté à aller supprimer une petite protéine produite par les cellules gliales, qui les empêchent de se transformer en neurones. Et les scientifiques se sont rendu compte qu'en fonction des zones du cerveau ciblé, les nouveaux neurones adoptaient directement les fonctions attendues.
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Des travaux complémentaires seront toutefois nécessaires avant de pouvoir envisager d'appliquer cette technique à l'homme. "Pour qu'elle soit utilisable en clinique, il faudra améliorer son efficacité car pour l'instant 60 à 65% des astrocytes ciblés ne deviennent pas des neurones. Cette proportion devra être réduite", souligne par exemple le Pr Ernest Arenas, neurobiologiste au Karolinska Institute, dans un commentaire accompagnant l'étude, également publié par Nature.
Les scientifiques devront aussi s'assurer de la sécurité de la technique, pour vérifier qu'elle n'entraîne pas de dégâts collatéraux sur les neurones avoisinant les cellules traitées. Mais cette publication le montre : la régénération neuronale, même si elle en est encore à ses balbutiements, ne relève plus de la science-fiction. D'autant que, ces dernières années, d'autres formes de thérapie génique ont déjà été testées chez l'homme dans la maladie de Parkinson, y compris en France. "Même s'il reste encore beaucoup de questions, la technique présentée ici est très prometteuse et ouvre un nouveau chapitre dans le développement de la médecine régénérative dans cette pathologie", note encore le Pr Arenas.
