Le prix Nobel de médecine 2007 a été attribué aux Américains Mario Capecchi et Oliver Smithies et à leur collègue britannique Martin Evans. Chacun d'eux obtient un tiers du prix, d'un montant de dix millions de couronnes suédoises (1,54 million de dollars), qui récompense leur travail sur les modifications génétiques provoquées chez des souris au moyen de cellules souches embryonnaires. (Voir le communiqué du comité Nobel.)

Selon le comité Nobel, les travaux des trois chercheurs ont contribué à mettre en lumière "les rôles de nombreux gènes dans le développement embryonnaire, la physiologie adulte, le vieillissement et la maladie". Les résultats de leurs recherches ont fait émerger la technique médicale du "ciblage de gène" - méthode qui, en neutralisant certains gènes, permet aux chercheurs d'établir le rôle individuel des gènes en matière de santé et de maladie, et ainsi, par exemple, d'améliorer l'action médicamenteuse.

En 2001, les trois hommes avaient reçu le prix Albert Lasker pour la recherche médicale fondamentale, considéré comme la version américaine du Nobel du fait que beaucoup de ses lauréats ont ensuite obtenu le prix scandinave.

Capecchi: un destin hors du commun

Capecchi, natif de Vérone et diplômé d'Harvard, est professeur de génétique et de biologie à l'Université de l'Utah. Il s'est réjoui de partager le prix de médecine avec ses collègues. "C'est une merveilleuse nouvelle pour notre laboratoire ainsi que pour notre université. (...) Ce que nous avons mis au point, c'est un moyen de modifier des gènes chez la souris qui nous permet de modéliser les maladies humaines, d'en étudier la pathologie et (...) de mettre au point de nouvelles thérapies."

Mario Capecchi, né en 1937, a connu les affres de la Seconde guerre mondiale avant d'émigrer aux Etats-Unis où il est devenu un scientifique émérite. A l'âge de quatre ans, il est privé de sa mère, arrêtée par la Gestapo et emprisonnée dans le camp de concentration de Dachau. Pendant quatre ans et demi, le jeune Mario erre dans les rues et survit en mendiant et volant. En 1946, il retrouve miraculeusement sa mère. Ils émigrent ensemble aux Etats-Unis. Mario Capecchi commence alors l'école élémentaire sans savoir lire, écrire ou même parler l'anglais. Il s'accroche et obtient en 1961 une licence de physique et chimie au Collège Antioch dans l'Etat de l'Ohio avant d'obtenir en 1967 son doctorat de biophysique à l'université de Harvard. "Ce n'est pas clair si ces expériences prématurées dans mon enfance ont contribué au succès que je connais ou si ces réussites ont été atteintes malgré ces expériences", a-t-il confié à l'institut médical Howard Hughes (HHMI).

Comme son compatriote et autre lauréat Oliver Smithies, il a eu l'idée qu'il était possible de réparer des gènes en utilisant une méthode dite de "recombinaison homologue". Cette méthode consiste en un échange d'information génétique (fragment d'ADN par exemple), qui permet, dans le cadre des expériences sur les souris, de modifier spécifiquement un ou des gènes. "Le ciblage des gènes nous permet d'analyser génétiquement les problèmes biologiques les plus complexes pour créer des animaux qui transportent des altérations spécifiques génétiques", explique-t-il. Le généticien souligne que sa principale source d'inspiration a été le "vénérable James Watson", l'un des chercheurs qui a découvert l'ADN à double hélice. Mario Capecchi est membre de l'Académie nationale des sciences depuis 1991 et de l'Académie européenne des sciences depuis 2002. Il a été récompensé par de nombreux prix dont la médaille nationale scientifique. Il participe enfin régulièrement à la relecture des articles qui paraissent dans les revues scientifiques telles que la britannique Nature.

Smithies inspiré par la BD, Evans anobli

Martin Evans et Oliver Smithies sont nés en Grande-Bretagne, mais le premier est britannique et le deuxième américain. Evans, né en 1941 et diplômé de l'University College de Londres, professeur de génétique des mammifères à l'Université de Cardiff (Grande-Bretagne), a été anobli en 2003. "Je n'ai jamais travaillé avec eux mais bien sûr nous avons été en contact", a-t-il déclaré à propos de ses deux colauréats à la radio suédoise publique. "Je suis absolument ravi. C'est l'apogée d'une carrière", a ajouté Evans qui se préparait à passer une journée ordinaire à ranger la maison de sa fille.

Oliver Smithies, né en 1925, a obtenu son doctorat de biochimie en 1951 à Oxford. Il est professeur de pathologie et de médecine à l'Université de Caroline du Nord. Sa passion pour les sciences est née de la lecture: "Il y avait une bande dessinée avec un personnage d'inventeur, je trouvais cela super et me disais que je serais un inventeur. Et c'est ce que je suis devenu", avait raconté Smithies dans une interview. Le scientifique a fait des études de physiologie et de physiologie animale puis de chimie, à Oxford, où il a également obtenu un doctorat de biochimie.

Parti ensuite aux Etats-Unis faire pour post-doctorat de chimie physique, à l'université du Wisconsin, il rencontra une Américaine qu'il épousa. Pour des raisons de visa, il s'installa au Canada où il vécut sept ans et devint généticien. De retour aux Etats-Unis, il rallia la faculté de génétique de l'université du Wisconsin. Il est actuellement professeur en pathologie et médecine de laboratoire à l'université de Caroline du Nord (Chapel Hill, Etats-Unis). Sur le site Internet de son laboratoire, Smithies explique que son domaine de recherche porte sur la création de modèles animaux pour des maladies génétiques humaines complexes, afin de "développer de nouvelles méthodes de traitement, incluant la thérapie génique". A l'heure actuelle, il se concentre sur l'hypertension et les maladies du sang. Dans une interview en 2001, Smithies, un scientifique passionné et enthousiaste, affirmait réaliser des expériences "pratiquement chaque jour", estimant qu'il s'agissait là d'un "aspect merveilleux des sciences".