Les séismes constatés depuis un an à Mayotte ont enfin une explication. Une mission scientifique a mis en évidence la naissance d'un nouveau volcan sous-marin, à 50 km à l'est de l'île et à 3 500 m de profondeur, ont annoncé ce jeudi conjointement le gouvernement à Paris et des scientifiques à Mayotte.

La taille du nouveau volcan "est évaluée à 800 m de hauteur avec une base de 4 à 5 km de diamètre. Le panache de fluides volcaniques de 2 km de hauteur n'atteint pas la surface de l'eau", ont indiqué les ministères des Outre-mer, de la Transition écologique, de l'Intérieur et de la Recherche, parlant d'un "phénomène géologique exceptionnel".

Affaissement de Mayotte

Ce volcan est "récent" et pourrait avoir été formé "à l'été ou à l'automne dernier", a indiqué Nathalie Feuillet, physicienne. Depuis le 10 mai 2018, Mayotte connaît un phénomène de séismes "en essaim", subissant plus de 1 800 secousses de magnitude supérieure ou égale à 3,5, selon le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM). La plus forte jamais recensée dans l'île a été enregistrée à 5,8.

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"On pense que le volcan a grandi depuis que l'essaim de séismes a débuté", a avancé Nathalie Feuillet, mais il faudra attendre de nouveaux relevés pour savoir si cette croissance continue. "L'avantage, maintenant, c'est qu'on sait ce que c'est", s'est réjoui la physicienne qui a ajouté que des prélèvements de roches volcaniques avaient été faits.

La chercheuse de l'Institut de physique du globe de Paris (IPGB) a également affirmé que Mayotte s'était affaissée de 13 centimètres et qu'elle s'était déplacée vers l'Est d'environ 10 centimètres. Cet affaissement, qui se fait "à des taux assez rapides", se poursuit, a-t-elle précisé. Il pourrait être dû à "la vidange d'un réservoir d'une poche de magma profonde".

"Évaluer les risques"

Ces annonces interviennent après une mission scientifique menée par le Comité national de la recherche scientifique (CNRS), avec notamment le BRGM et l'IPGP, et une campagne océanographique réalisée par le navire Marion Dufresne, rentré à quai mercredi.

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"Les scientifiques sont mobilisés pour traiter, analyser et interpréter la multitude de données acquises durant ces derniers mois. Cette exploitation nécessitera des travaux approfondis pour évaluer les risques induits pour Mayotte en matière de risque sismique, risque volcanique et de tsunami", ont précisé les ministères. Trois spécialistes de la sécurité civile arriveront sur l'île dès vendredi, a annoncé le préfet Dominique Sorain.

"On va certainement augmenter la couverture en instruments" de surveillance, a-t-il ajouté. Selon Nathalie Feuillet, le réseau de sismomètres à terre va être "amélioré" et il y aura des "déploiements de sismomètres fonds de mer réguliers".