Impossible de le rater avec sa forme de champignon et ses 7 mètres de hauteur. Présenté à Dubaï à l'occasion de l'Exposition universelle, l'Eurohab donne un aperçu de ce que pourraient être les premières habitations lunaires. "Les concepts de villages composés de plusieurs modules semi-enterrés comme celui sur lequel travaille l'Agence spatiale européenne (ESA) ne verront sans doute pas le jour avant plusieurs décennies. D'ici là, nous aurons besoin de structures plus souples et plus faciles à construire pour accueillir des astronautes", explique Peter Weiss, fondateur et président de Spartan Space, la start-up à l'origine du prototype. En effet, Américains, Russes et Chinois envisagent tous de fouler le sol de notre satellite naturel à court ou moyen terme. Ces voyages, qui pourraient démarrer au plus tôt en 2025, permettront d'explorer le pôle Sud de la Lune à la recherche de glace. Ils serviront aussi de répétition avant la conquête - bien plus lointaine celle-ci - de Mars.

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A la manière d'une tente qui se déplie toute seule lorsqu'on la jette au sol, l'Eurohab se gonfle automatiquement dès son atterrissage. Prévu pour embarquer dans le futur alunisseur européen EL3, il permettrait aux astronautes de couvrir plus de distance dans le cadre de leur mission. "Actuellement, ils ne peuvent pas se déplacer trop loin de leur point d'atterrissage (à peine 2 kilomètres à pied ou 10 en rover). Si nous installions des relais de type Eurohab, nous pourrions facilement tripler leur rayon d'action", indique Peter Weiss. Cela aurait un intérêt scientifique : les lieux d'atterrissage choisis pour explorer le pôle Sud de la Lune sont les moins risqués, mais ils s'écartent des sites les plus intéressants.

Dans sa version définitive, l'Eurohab accueillera de deux à quatre personnes. Le revêtement de sa bulle, composé d'environ 14 couches, protégera ses occupants des poussières, radiations et micrométéorites. "L'environnement lunaire est difficile. Nous testerons d'abord le matériel sur Terre dans des conditions extrêmes. Une fois sur la Lune, il faudra sans doute dégonfler l'installation lorsqu'elle n'est pas utilisée afin de réduire l'usure et d'éviter les fuites", détaille Peter Weiss.

"Ne pas rater un nouveau marché"

Compte tenu du faible nombre de missions lunaires au départ - sans doute une ou deux par an pour une durée d'une semaine environ -, l'Eurohab passera la plupart de son temps à stocker de l'énergie. Grâce à un électrolyseur alimenté par des panneaux solaires souples développés par le CEA, de l'eau sera transformée en oxygène et en hydrogène, qui seront ensuite stockés dans des réservoirs. Quand les astronautes occuperont l'abri, ils puiseront dans ces réserves. Une pile à combustible transformera alors l'oxygène et l'hydrogène en eau et en électricité.

"Il n'y a pas véritablement de verrou technologique à faire sauter, la principale difficulté consiste à mettre rapidement une solution au point, afin de ne pas rater un nouveau marché", assure Peter Weiss. "L'Europe est trop souvent en retrait, déplore le chef d'entreprise. Nous ne pouvons pas rester à la place du passager quand le monde entier se lance à la conquête de l'espace et de la Lune !"