Les deux lauréats français du prix Nobel de médecine, Luc Montagnier et Françoise Barré-Sinoussi, ont rencontré, mercredi 8 octobre, le chef de l'Etat à l'Elysée. "On lui a rappelé notre inquiétude parce que la situation financière actuelle est tellement catastrophique qu'elle peut influer sur l'aide à la recherche et aussi sur l'aide internationale sur le sida", a déclaré le Pr Montagnier.
"En Afrique, beaucoup de médicaments sont payés par le Fonds mondial (de lutte contre le sida) ou par les Américains ou par la France, et c'est donné gratuitement. Est-ce que ça va continuer?" a demandé le chercheur. Lors d'une conférence de presse mercredi au siège de l'Unesco à Paris, le Pr Montagnier avait déjà dit craindre que les pays pauvres soient "frappés de plein fouet par le tsunami financier", et que les "coupes budgétaires" dans les pays riches puissent "rendre plus difficile l'accès" aux traitements anti-sida.
Les deux chercheurs ont indiqué qu'ils souhaitent que Nicolas Sarkozy poursuivent ses efforts. "Il nous a dit qu'il y avait des inquiétudes mais qu'il souhaitait continuer à soutenir la recherche", a précisé Françoise Barré-Sinoussi. "On a beaucoup insisté pour que l'aide de la France au Fonds mondial, en particulier, continue parce qu'il en va de la vie de beaucoup de patients dans le monde", a-t-elle ajouté.
Les ONG humanitaires accusent régulièrement les pays les plus riches de la planète, dont la France, de ne pas tenir leurs engagements d'aide à l'Afrique. Paris est également accusé ne ne pas verser sa quote-part au Fonds global contre le sida, la tuberculose et la malaria.
Les deux chercheurs ont également indiqué avoir évoqué avec Nicolas Sarkozy l'état de la recherche en France. Le président s'est engagé à porter l'effort de recherche à 3% du PIB d'ici 2012 en mobilisant 15 milliards d'euros supplémentaires, dont quatre à la seule charge de l'Etat.
"Il y a un problème d'innovation en France, il y a un problème d'argent mais c'est aussi un problème de mentalité", a déploré Luc Montagnier. "On a insisté sur le fait que la recherche pour la France est quelque chose de fondamental pour son avenir économique, surtout en période de crise", a-t-il dit.
Le Pr Montagnier a rappelé que le travail sur le sida n'était "pas terminé", et qu'"il n'y a toujours pas de guérison, toujours pas de vaccin préventif". Evoquant la recherche vaccinale, le Dr Barré-Sinoussi a relevé qu'"il va falloir malheureusement, quand on en sera aux essais cliniques, beaucoup plus d'argent".