Ils ont tellement bien réussi leur coup que, sur les 17 "débats publics" censés réunir experts et grand public sur la question des nanotechnologies, les 9 derniers ont été purement et simplement annulés! "Ils", ce sont les "anti-nano", des activistes particulièrement efficaces avec comme tête de proue l'association PMO (pour "Pièces et main d'oeuvre"). La conférence de presse qu'ils ont tenue le 23 février, jour de la clôture à Paris du débat national sur les nanotechnologies, était d'ailleurs très instructive...

Premier principe: "A une époque où chacun veut passer à la télé et devenir célèbre, nous revendiquons l'anonymat", déclare en préambule l'une des deux délégués de PMO ?l'autre étant, parité oblige, un homme. Pas de photos donc, pas davantage de noms? "Vous n'avez qu'à nous appeler François-Michel et Françoise-Michèle", lance l'homme, par boutade. Deuxième principe: puisque la technologie n'est jamais que "la poursuite de la guerre et de la politique par d'autres moyens", PMO récuse "l'expertise et son complément obligé, la contre-expertise" menées par les pouvoirs publics.

"Non à un nano-monde"

En d'autres termes, l'opposition aux nanotechnologies ne peut être que totale: on ne saurait accepter les éventuelles applications positives des nanotechnologies ?en matière médicale notamment?et refuser les dérives de ces mêmes nano. "Dans cette affaire, explique PMO, on ne peut se contenter d'une balance entre les bénéfices attendus et les risques possibles. C'est une réponse en bloc qu'il faut fournir. Et, en l'occurrence, nous ne voulons pas d'un nano-monde".

Troisième principe, tout aussi essentiel: PMO refuse toute récupération politicienne. Quelques-uns ont bien "proposé des débouchés", selon l'expression de PMO: le NPA, la Nouvelle Gauche, le Parti de la décroissance entre autres. Peine perdue: PMO se réclame exclusivement des luddites, ce mouvement d'artisans anglais du XIX siècle qui, entre 1811 et 1813, s'est opposé aux manufacturiers qui encourageaient l'utilisation de métiers à tisser. L'arme des luddites? Le bris des machines...

Mais n'allez pas en déduire que PMO est un mouvement violent. Leur arme principale, c'est la réflexion- teintée d'ironie mordante. Jusqu'à remercier la Commission particulière du débat public des nanotechnologies (CNDP), chargée d'organiser ces débats grand public justement, d'avoir "dépensé 2,5 millions d'euros pour, au final, nous assurer une jolie visibilité". Et toc!