Après le Sars-CoV-2 et la variole du singe - dont on vient de passer la barre des 4000 cas en France -, un autre virus serait-il "sur le point de se propager" à l'homme ? Telle est en tout cas l'inquiétude exprimée par des scientifiques de l'Université du Colorado-Boulder (Etats-Unis), dans un article publié dans la revue Cell. Pour l'heure, il est sans doute un peu tôt pour tirer la sonnette d'alarme puisque le virus de la fièvre hémorragique simienne (SHFV) n'a encore jamais été détecté sur l'homme. En revanche, selon les spécialistes américains, "ce virus animal a réussi à pénétrer dans les cellules humaines, à se multiplier et à échapper à certains des mécanismes immunitaires importants qui devraient nous protéger (...). C'est assez rare".
Voilà donc pour l'avertissement ou plutôt l'appel à la vigilance. "Il faut rester attentif parce que comme le Sars-CoV-2, le VIH, le Monkeypox ou encore la fièvre du Nil, il s'agit encore d'une zoonose [NDLR : maladie infectieuse qui est passée de l'animal à l'homme] dont le nombre a été multiplié par quatre depuis les années 1980, prévient Benjamin Roche, directeur de recherche à l'Institut de recherche pour le développement (IRD).
Un artérivirus découvert dans les années 1960
Surtout, le SHFV peut faire peur par les parallèles faits par l'équipe américaine. En termes de symptômes tout d'abord, puisqu'il provoquerait une maladie mortelle similaire au virus Ebola : fièvre, saignements, douleurs musculaires, perte d'appétit, vomissements, diarrhée, etc. Quoique peu documenté, cet artérivirus est connu chez les porcs, les chevaux et donc les singes, chez qui il a été découvert au début des années 1960, en décimant des colonies captives de macaques (en deux semaines) dans le monde entier, avant d'être totalement décrypté en 1964.
Ensuite, la fièvre hémorragique simienne inquiète par ses ressemblances avec le virus de l'immunodéficience humaine (VIH), notent les auteurs de l'étude : "Les similitudes entre ce virus et les virus simiens qui causent le VIH sont très grandes", a ainsi expliqué le professeur Cody Warren, un des auteurs. C'est-à-dire qu'il fonctionne de la même façon en s'attaquant au système immunitaire et en désactivant les mécanismes de défense. Tout comme le VIH, dont le précurseur est aussi né chez des singes (on parlait alors de virus de l'immunodéficience simienne - SIV), il pourrait s'installer à long terme dans l'organisme humain.
L'homme responsable de l'émergence de ces zoonoses
"Il ne faut pas non plus dramatiser puisque aucun cas humain n'a été recensé, poursuit Benjamin Roche. Mais il faut prendre conscience que les zoonoses continueront à se multiplier dans les prochaines années. Avant, on pensait qu'une grande pandémie par siècle frappait l'humanité. Au XXe siècle, on en a connu six !" Selon le chercheur de l'IRD, la responsabilité incombe bien à l'homme et à la pression qu'il exerce sur les écosystèmes. "La déforestation, principalement, est synonyme de perte de biodiversité, mais il y a aussi l'urbanisation et le commerce de la faune sauvage qui a été multiplié par cinq ces quinze dernières années." Résultat ? Les humains sont de plus en plus en contact avec des animaux de plus en plus infectés. Il n'existe pas de parade miracle et comme souvent en matière d'environnement, il est difficile de revenir en arrière. "On estime qu'il y entre 500 000 et 800 000 virus dans la nature que nous ne connaissons pas. Comment pourrions-nous adopter des stratégies ?"
Prévenir et mieux surveiller
La solution passe évidemment par une meilleure gestion des écosystèmes, par exemple en les enrichissant. Les spécialistes de biodiversité parlent "d'effet de dilution", qui sous-tend que les écosystèmes les plus riches en espèces seraient également les moins propices à la circulation des agents infectieux. Le chercheur de l'IRD mène ainsi un projet au Mexique pour définir une stratégie de protection de la diversité. Il est aussi l'un des coordinateurs de l'initiative internationale Prezode (Prévenir les risques d'émergences zoonotiques et d'épidémies) qui a débuté il y a deux ans et dont la France assure un financement à hauteur de 60 millions d'euros. "Il s'agit de mettre en place des mesures de prévention et de renforcer à l'échelle internationale les réseaux de surveillance", détaille-t-il.
Dans certains pays africains, notamment avec la pandémie du Covid-19, plusieurs pays se sont vus doter de plus de moyens de détection génomiques (laboratoires, machines de décryptage). Pour éviter que se développe le virus de la fièvre hémorragique simienne (SHFV) et tous les autres, la prévention et la surveillance paraissent être les mesures les plus urgentes à mettre en place. A ce titre, l'équipe de l'Université du Colorado-Boulder recommande de développer des tests de détection des anticorps dans le sang. Avec un objectif clair fixé par Sara Sawyer, la principale auteure de l'article : "Prendre de l'avance ; de sorte que si des infections humaines commencent à se produire, nous serons rapidement sur le coup. Ou du moins, toujours essayer d'en avoir pour éviter que la maladie devienne pandémie."
