Quatre années de voyage, 334 millions de kilomètres parcourus afin d'approcher l'astéroïde, près de 1 milliard de dollars dépensés pour... une dizaine de secondes à sa surface et l'espoir infinitésimal de récolter quelques grammes de poussière ! Ainsi résumée, la mission de la sonde Osiris-Rex, qui tentera de se poser sur Bennu (ou Bénou) ce mardi soir à 23 heures (geure française), invite à une certaine humilité. Ce type d'astres qui errent dans l'espace est devenu la nouvelle marotte des astronomes. Pour trois raisons : d'abord, ils peuvent être une menace pour l'avenir de la Terre, puisqu'ils sont près de 21 500 à se trouver sur une "ligne de collision" avec notre planète - même si, statistiquement, à l'échelle humaine, ce risque reste proche de zéro ; ensuite, parce que l'homme, cette espèce voyageuse, rêve toujours de partir à la conquête du lointain, et que ces gros cailloux répartis un peu partout pourraient contenir des minéraux, notamment du carbone et de l'eau pouvant servir à fabriquer du carburant, ce qui en ferait des stations-service à portée de fusée permettant des sauts de puce dans le firmament.
Retracer l'histoire du système solaire
enfin, les astéroïdes ont un intérêt purement scientifique, puisque, "briques primitives", elles pourraient aider à comprendre la formation du système solaire. "Sur terre, cette mémoire originelle a disparu parce qu'au moment de sa formation les matériaux se sont chauffés et transformés, explique Patrick Michel, directeur de recherche du CNRS à l'observatoire de la Côte d'Azur. Cela vaut donc le coup d'aller sur place pour observer les astéroïdes, et, chaque fois que nous l'avons fait, ils se sont révélés toujours plus fascinants." Bennu n'a pas échappé à la règle. Lorsqu'il a été choisi comme cible en 2011, les Américains pensaient que sa surface était comme une grande plage lisse où il serait facile de se poser. Mais, fin 2018, alors que la sonde arrivait à son voisinage, ils sont tombés des nues en découvrant son relief : point de grandes étendues de sable à la Copacabana, mais des rochers d'assez grosse taille. En plus, Bennu à des bouffées de chaleur. Contre toute attente, il s'agit d'un astéroïde "actif" éjectant sporadiquement de la matière, ce que les scientifiques ont du mal à expliquer, comme le reconnaît Patrick Michel : "Soit Bennu se fait attaquer par de petites météorites qui, au moment de l'impact, provoquent cette émission de particules, soit celle-ci est liée à des différences de sa température de surface - qui varie de - 20 °C à + 100 °C - qui cassent des roches en petits morceaux et les éjectent."
Une mission plus compliquée que prévue
Dans ces conditions, l'objectif final de la mission - récupérer des échantillons - devient plus compliqué. "Nous avons dû revoir totalement nos plans", admet Christian d'Aubigny, de l'université d'Arizona (Etats-Unis), responsable scientifique d'un des instruments d'Osiris-Rex. Les ingénieurs ont commencé par trancher la question de la dangerosité d'une descente au milieu des "graviers" environnants en considérant qu'étant donné leurs tailles (du centimètre au décimètre) et la faible gravité (100 000 fois plus faible que sur terre), si plusieurs d'entre eux touchaient la sonde, ils ne l'endommageraient pas. Puis ils se sont intéressés à la question du site d'atterrissage : trouver un endroit peu escarpé et, surtout, où la dimension des roches et poussières ciblées ne dépasse pas 2 centimètres, taille maximale pour qu'elles puissent être récupérées.
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Le 20 octobre, une première tentative se fera donc au niveau de Nightingale, zone peu rocheuse de 16 mètres de diamètre dans l'hémisphère Nord de l'astéroïde. A une cinquantaine de mètres d'altitude, Osiris-Rex ralentira, puis stabilisera sa vitesse pour réaliser son opération : "La gravité étant très faible, il y a un fort risque de rebondir, si bien que nous n'effectuerons pas un atterrissage, mais un touch and go, explique le chercheur. Un bras de 3,5 mètres sera déployé et, grâce à un ingénieux système à ressorts, touchera le sol une dizaine de secondes. De l'azote sous pression sera projeté pour soulever les matériaux de la surface, qui seront collectés dans un filtre." Puis l'engin repartira à l'aide de propulseurs pour s'éloigner de l'astéroïde jusqu'à une distance de sécurité. En quelques heures, les ingénieurs sauront si l'opération a bien fonctionné. Mais il faudra encore patienter jusqu'au 24 septembre 2023 pour voir les échantillons parvenir sur terre.
