Dans le film Limitless, Eddie Morra, un écrivain sans avenir, ingère un comprimé qui le rend capable d'apprendre le piano en trois jours, d'écrire un best-seller ou de spéculer en Bourse avec succès. Dans le monde réel, bien sûr, ce genre de produit miracle n'existe pas. Néanmoins, les scientifiques continuent d'explorer les effets de la stimulation transcrânienne par bruit aléatoire (tRNS) sur nos capacités. Le principe ? Stimuler certaines zones du cerveau à l'aide d'un courant électrique de faible intensité. "Les effets sont prometteurs : dans certains cas, l'apprentissage peut être facilité. Cette méthode qui nécessite l'application d'électrodes sur la tête peut notamment aider les personnes atteintes de maladies neurologiques", estime le Dr Van der Groen, chercheur à l'Université Edith Cowan (Australie) et auteur principal d'une étude qui vient de paraître dans la revue Neuroscience and Biobehavioral Reviews.
Contacté par L'Express, le scientifique passe en revue quelques exemples de travaux encourageants étayant ses propos : "une étude pilote au Royaume-Uni a montré que la tRNS pouvait stimuler les capacités chez les enfants ayant des troubles d'apprentissage en mathématiques. Un essai plus récent a aussi prouvé que la méthode pouvait, dans le cadre de tests, améliorer la capacité de perception et de réaction des enfants atteints du trouble déficit de l'attention avec hyperactivité. De plus, chez des personnes neurotypiques (dont les capacités sont considérées comme normales) la résolution de certains exercices visuels peut être accrue".
Les chercheurs de l'université Edith Cowan ont déjà eux aussi obtenu des résultats favorables. "Nous avons constaté que lorsque les participants recevaient une stimulation, cela améliorait leur capacité à voir une image de mauvaise qualité ou encore leur processus de prise de décision", confirme Onno Van Der Groen.
Des changements durables observés
Les scientifiques ne savent pas encore expliquer précisément ces résultats. Certaines études montrent par ailleurs que la tRNS ne produit pas d'effet clair sur la mémoire, bien qu'elle facilite l'apprentissage. Mais les recherches continuent. "Les tâches cognitives ne sont pas exécutées par des régions cérébrales individuelles travaillant de manière isolée, mais par un réseau de plusieurs zones connectées. En stimulant certaines parties du cerveau, nous augmentons leur réactivité, améliorant ainsi le processus global", avance le Dr Van Groen.
Mieux, l'effet semble durer dans le temps. "Lorsque nous stimulons le cerveau pendant 10 minutes, nous pouvons observer des changements durables (60 minutes) dans la réactivité de la zone cérébrale stimulée. Récemment, une étude menée sur des patients atteints de cécité corticale a même constaté des effets six mois après la fin de l'entraînement ! On peut donc penser que les performances pourraient être améliorées dans la durée", détaille le scientifique.
Mais cela n'ouvre pas pour autant la voie pour une exploitation à grande échelle. "Il y a au moins deux obstacles à surmonter si nous voulons que cette technique soit accessible dans le monde réel. Tout d'abord, le tRNS est actuellement à l'étude dans des laboratoires du monde entier. Avant que les gens "normaux" ne puissent y accéder, nous devons mieux comprendre les mécanismes impliqués", estime Onno Van Der Groen.
Des électrodes à la maison
Par ailleurs, un test mené sur une personne douée en mathématiques n'a pas eu d'effet positif notable. "Cela semble montrer que l'on ne va pas élever notre intelligence d'un cran avec cette technique. Toutefois, la tRNS pourrait s'avérer utile dans le cadre d'emplois stressants, comme le contrôle aérien ou encore le secteur de la Défense", pense Onno Van Der Groen. Bien sûr, un débat éthique paraît indispensable. "Quelles seraient les conséquences si les parents, par exemple, commençaient à utiliser cela pour améliorer les performances de leurs enfants en bonne santé ? Et quels seraient les effets à long terme si vous deviez appliquer la tRNS tous les jours, en particulier chez les enfants qui n'ont pas encore un cerveau mature ?, interroge le scientifique".
Pour toutes ces raisons, le cinéma gardera sans doute et pour longtemps une bonne longueur d'avance sur la réalité. Le Dr Van Groen réfléchit cependant à un essai nécessitant l'envoi de kits dans les foyers afin que les citoyens puissent essayer la tRNS. "Le but serait de tester si cela peut être fait en toute sécurité sous supervision à distance. De plus, le laboratoire est un environnement très contrôlé, il s'agirait donc également de voir si les résultats déjà obtenus se maintiennent dans un cadre moins contrôlé". Des électrodes sur le bureau à côté de la trousse. L'initiative risque bien d'électriser une partie de la population.
