Au moment où la France se prépare à revoir ses lois sur la bioéthique, comme le prévoit le texte de 1994, le clonage humain se retrouve à la Une des journaux, en Grande- Bretagne et dans l'Hexagone. Ainsi le quotidien britannique Daily Mail vient-il de consacrer sa première page à une expérience menée l'an dernier par la microsociété américaine Advanced Cell Technology. Il publie la photo d'un prétendu «préembryon» au «douzième jour de son existence, riche d'environ 400 cellules, qui a été détruit deux jours plus tard, avant qu'il n'atteigne le stade où ses cellules commencent à se différencier». Cette expérience, déjà annoncée dans la presse américaine en novembre 1998, avait suscité plus que des doutes dans la communauté scientifique. Car, bien que James Robl, son père, soit un biologiste reconnu, il n'avait publié aucun article décrivant son travail dans une revue spécialisée, comme le veut l'usage. Ce «préembryon» était d'ailleurs une sorte de Minotaure: pour le fabriquer, l'équipe avait utilisé un ovule de vache, vidé de son matériel génétique, qui avait été remplacé par celui tiré d'une cellule de la peau d'un des biologistes du labo. Une expérience déroutante, éthiquement contestable, qui n'a toujours pas fait l'objet d'une publication dans un journal spécialisé.

Il est souvent très difficile pour le citoyen de base de s'y retrouver entre les multiples annonces d'expériences mûries dans le secret des laboratoires et les coups de bluff, qui trouvent un large écho médiatique et ne sont pas toujours exempts d'arrière-pensées financières. Un certain nombre de firmes privées se battent pour ramasser le pactole que devraient représenter ces avancées spectaculaires de la biologie embryonnaire.

Il n'empêche: plusieurs équipes, dans le monde, travaillent au clonage d'embryons humains (voir L'Express n° 2486). En majorité aux Etats-Unis, mais aussi sans doute dans d'autres pays où la législation ne l'interdit pas. Toute la question réside aujourd'hui dans la définition même du clonage. Les scientifiques distinguent le clo- nage reproductif, destiné à faire naître un bébé, copie conforme d'un adulte, et le clonage cellulaire ou thérapeutique, qui vise à créer des cellules souches embryonnaires, celles qui permettent de fabriquer tous les organes d'un individu. On sait depuis l'an dernier les isoler et les cultiver. Il faut désormais les domestiquer pour qu'elles deviennent, à la demande, des cellules cardiaques, hépatiques, neuronales, etc., permettant de soigner des maladies aujourd'hui inguérissables. Pour éviter tout rejet par l'organisme du patient, ces cellules pourraient être fabriquées sur mesure, en créant le jumeau embryonnaire de ce dernier, qui ne serait en aucun cas destiné à devenir un bébé. D'ailleurs, la très grande majorité des scientifiques s'est prononcée contre le clonage reproductif, qui reste très difficile à réaliser techniquement. Alors qu'ils considèrent que la thérapie cellulaire est un fabuleux espoir pour guérir demain des malades aujourd'hui incurables. Certaines sociétés américaines, comme la firme Geron, en Californie, travaillent déjà dans ce sens. Geron a racheté le mois dernier une filiale de l'institut écossais qui avait cloné Dolly, s'adjoignant les services de son père, le Pr Ian Wilmut.

Préserver la dignité de l'être humain Le Comité d'éthique de l'Union européenne, que préside Noëlle Lenoir, membre du Conseil constitutionnel français, s'est prononcé, dès 1997, contre tout clonage humain reproductif. En novembre 1998, ce même groupe n'a pas condamné en bloc les recherches sur l'embryon humain, car elles peuvent fonder une partie de la médecine du futur, mais exigé de strictes conditions juridiques et éthiques, afin de préserver le principe de la dignité de l'être humain. En France, toute recherche sur l'embryon est aujourd'hui interdite dans le cadre des lois sur la bioéthique, votées en 1994, qui doivent être révisées par le Parlement d'ici à la fin de l'année. Un débat dont l'embryon sera le héros involontaire et la thérapie cellulaire le véritable enjeu scientifique. Reste à trouver le juste équilibre entre la si nécessaire éthique et les bienfaits potentiels de cette médecine du futur.