Didier Raoult va-t-il rendre des comptes devant la justice ? L'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) a en tout cas saisi la justice après avoir constaté que "certaines études que l'IHU Méditerranée a conduites" ne respectent pas la loi qui encadre les recherches impliquant les êtres humains. Selon nos informations, cette décision est motivée par l'étude de dizaines de documents envoyés en mai à l'ANSM par des lanceurs d'alertes. Des documents que L'Express a également consultés et qui ont mené à deux enquêtes, auxquelles s'ajoute un article de Mediapart montrant lui aussi que l'IHU a réalisé des essais cliniques sans les autorisations légales.
Reste un problème majeur : les agissements de l'institut piloté par Didier Raoult ne datent pas d'hier. Certains essais pointés par L'Express remontent à plus de dix ans. Le CNRS et l'Inserm ont même arrêté leur collaboration avec l'IHU en 2018, "choqués" par ces pratiques. Pourquoi l'ANSM a attendu si longtemps avant d'agir ? L'aurait-elle fait si des journalistes n'avaient pas enquêté ?
Cette apathie ne manque pas de faire tousser le milieu des experts de l'intégrité scientifique. Certains s'interrogent sur d'éventuels appuis politiques. D'autres suggèrent un manque de moyens de l'ANSM. Quoi qu'il en soit, le sort de la procédure repose entre les mains de la procureure de la République de Marseille Dominique Laurens. Elle qui a classé sans suite, en novembre 2020, un autre signalement concernant... les essais de l'IHU sur l'hydroxychloroquine.
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