Alors que le rover Perseverance effectue ses premiers tours de roues à la surface de Mars, les scientifiques s'intéressent de près à une autre planète du Système solaire : Jupiter. Cette géante gazeuse intrigue depuis la nuit des temps. Par sa taille, près de 143 000 kilomètres de diamètre (11 fois celui de la Terre), son puissant champ magnétique et la composition gazeuse de son atmosphère. Cela fait cinq ans que Juno, une sonde américaine furète à son voisinage, récolte de précieuses informations.
Mais les observations à partir du sol terrestre se multiplient aussi notamment dans le désert de l'Atacama (Chili) où des télescopes, gérés par l'Observatoire européen austral (ESO), ont récemment été braqués en direction de l'astre le plus massif autour de notre Soleil ; grâce à cet instrument unique baptisé Alma - une soixantaine d'interféromètres qui "regardent" dans le domaine des micro-ondes -, une équipe internationale d'astronomes vient d'assister à ce qu'elle qualifie de "monstre météorologique unique dans notre système solaire".
Un vortex géant
De Jupiter nous avons des images, tel un gâteau marbré, - montrant différentes strates rouges et blanches de nuages de gaz ainsi que la fameuse tache rouge (un tourbillon de 16 000 kilomètres de diamètre). Mais les scientifiques savent peu de choses sur les couches les plus élevées, comme la stratosphère, au-delà de 300 kilomètres d'altitude. "Alma a mesuré près des pôles des vents d'une violence extrême qui peuvent atteindre 1450 kilomètres/heure", détaille Thibault Cavalié, chargé de recherche CNRS au Laboratoire d'astrophysique de Bordeaux et principal auteur d'une étude publiée par la revue Astronomy & Astrophysics.
Ces courants se comportent comme un vortex géant - son diamètre fait quatre fois celui de la Terre - d'une hauteur de... 900 kilomètres ! Une telle démesure était inimaginable jusque-là, si bien que les astronomes vont devoir réviser leurs modèles numériques. Notamment pour expliquer le mécanisme de création des fameuses aurores boréales polaires.
Mieux comprendre l'origine du système solaire
"Nous avons aussi découvert des vents stratosphériques au niveau de l'Equateur, ajoute Bilal Benmahi, coauteur de l'étude et astronome au Laboratoire d'astrophysique de Bordeaux. Il s'agit de courants puissants et similaires au fameux jet-stream terrien. Mieux les comprendre permettra de faire de la planétologie comparée." Parce que finalement, qu'elles soient telluriques ou gazeuses, les atmosphères des planètes sont régies par les mêmes lois de la physique, celles de la dynamique des fluides.
Connaître les quatre géantes gazeuses (Jupiter, Saturne, Neptune et Uranus) aidera aussi à retracer l'histoire de notre Système solaire : Jupiter née entre 3 et 4 millions d'années après le Soleil s'en serait rapprochée puis éloignée pour se positionner à environ cinq unités astronomiques. "Sur son chemin, elle a 'nettoyé' les orbites, ce qui a favorisé la création de la Terre, poursuit Bilal Benmahi. On peut la voir comme une sorte d'ange gardien."
L'année prochaine, l'Agence spatiale européenne enverra en direction du Système jovien une nouvelle sonde baptisée Juice. "Au moyen de dix instruments, elle continuera à scruter cette atmosphère tourmentée et ira observer ses lunes, dont la très prometteuse Ganymède, conclut Thibault Cavalié, responsable d'un des télescopes embarqués. Sous sa glace, un océan liquide pourrait accueillir les conditions élémentaires à l'apparition de la vie." Jupiter n'a pas fini de nous envoûter.
