Difficile de voir à quel point notre planète change de visage depuis le sol. Même à l'échelle d'une vie, un observateur attentif ne percevra qu'une infime partie de l'urbanisation rampante ou des effets provoqués par le réchauffement climatique. Mais grâce à l'imagerie satellite, et à l'intelligence artificielle, les citoyens et les scientifiques disposent désormais de nouveaux outils leur permettant d'avoir une vision beaucoup plus acérée sur leur environnement. Ainsi à l'occasion de la journée de la Terre, la société Alphabet vient de dévoiler Timelapse, une nouvelle fonction pour son application de cartographie en 3D Google Earth.

Depuis 15 ans, cette application fonctionne avec pour carburant des clichés issus de satellites. "Ces images sont souvent en haute définition. Elles proviennent de partenariats au niveau mondial avec la NASA, l'Agence spatiale européenne (ESA) ou encore l'Institut d'études géologiques des Etats-Unis (USGS)", explique Gilles Dawidowicz, Géographe travaillant chez Google Maps à Paris. Google Earth couvre ainsi 93 millions de kilomètres carrés et 98 % de la population mondiale. Pour valoriser les clichés inutilisés et offrir aux utilisateurs la possibilité de voyager dans le temps, les équipes de Google ont utilisé l'intelligence artificielle.

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"L'un des problèmes des images utilisées par Google Earth, c'est qu'elles sont prises par différents satellites. Les caméras, l'altitude ne sont pas les mêmes. Les heures correspondant aux prises de vues et les saisons non plus. Beaucoup d'images sont parasitées par une couche nuageuse. Il a donc fallu apprendre à la machine à faire la distinction entre la neige et les nuages. Des milliards de pixels ont été ensuite amalgamés pour fabriquer une planète Terre sans aucun voile dans l'atmosphère. Une fois ce retraitement effectué, les images plaquées sur le relief année par année ont servi à fabriquer des vidéos", explique Gilles Dawidowicz.

La fonte des glaciers est l'une des conséquences les plus spectaculaires du changement climatique

La fonte des glaciers est l'une des conséquences les plus spectaculaires du changement climatique

© / Google Earth

Ce travail a nécessité 2 millions d'heures de calcul. Et le résultat est spectaculaire. Pour guider les utilisateurs, Google a regroupé plus de 800 vidéos time-lapse en plusieurs thématiques (déforestation, changement climatique, urbanisation...). L'une d'entre elles permet par exemple d'observer les changements spectaculaires qui ont eu lieu ces dernières décennies en Bolivie le long du rio Mamoré, un affluent de l'Amazone. Là-bas, la déforestation a laissé la place à des cultures mais le phénomène a sans doute été poussé trop loin : l'érosion des sols s'accélère. Il n'y a plus rien pour retenir les terres arables et les oligo-éléments. Si bien qu'à terme, les terres fertiles ne le seront plus.

VIDEO : : 48 ans de fonte des glaciers dans une vidéo accélérée

Bien plus au Nord, à au Groenland, ce sont les glaciers qui disparaissent à vitesse grand V laissant derrière eux un paysage que l'on n'a pas vu depuis 20000 ou 30000 ans. Un coup d'oeil sur Dubaï permet d'observer un autre phénomène remarquable : la progression spectaculaire de la ville sur le désert et l'émergence, côté mer, d'îles habitées entourées par des eaux turbides. Même si ces vidéos ne sont pas disponibles pour chaque endroit de la planète - cela prendrait trop de temps de les réaliser et certaines zones sont moins intéressantes que d'autres - elles nous font prendre conscience de la vitesse à laquelle notre planète subit des changements. Elles constituent aussi un outil très utile pour les scientifiques.

Certains utilisent déjà Google Maps ou Google Earth pour chercher des cratères d'impact de météorites et donc calculer les risques futurs de collision. D'autres se servent de ces applications pour surveiller les volcans, détecter la pêche illégale, ou protéger les éléphants d'Afrique. D'autres encore, utilisent Google Earth pour explorer la planète Mars et se figurer un certain nombre de réalités de terrain avant d'écrire des articles ou de préparer des missions spatiales. "Avec ce genre d'outil, il faut s'attendre à des avancées notamment dans la géographie du paysage, l'urbanisme, l'écologie, l'océanographie ou la glaciologie", croit Gilles Dawidowicz. Comme quoi, les plus belles découvertes scientifiques peuvent aussi se faire depuis un bureau.