Avec la nomination de Barbara Pompili à la tête du ministère de la Transition écologique et solidaire, c'est à une antinucléaire convaincue qu'Emmanuel Macron laisse le soin de poser les fondations de son virage vert. L'ancienne membre d'Europe Ecologie Les Verts (EELV), coprésidente de son groupe à l'Assemblée nationale pendant quatre ans, assume être en désaccord avec le chef de l'Etat, qui considérait durant sa campagne - et toujours aujourd'hui - que l'atome est "une énergie d'avenir". La nouvelle numéro 3 du gouvernement était, de surcroît, la rapporteure du très offensif rapport de la commission d'enquête sur la sûreté et la sécurité des installations nucléaires, rendu en juillet 2018 et contesté pour sa partialité. De quoi, une nouvelle fois, s'interroger sur le flou du "en même temps macronien", coincé sur la question de l'avenir du nucléaire à la croisée de familles politiques polarisées.

A droite, la défense de l'atome n'est pas à discuter. "Nous sommes globalement en phase sur ce sujet, assure l'ex-tête de liste des Républicains aux européennes, François-Xavier Bellamy, qui siège aujourd'hui à la commission de l'industrie, de la recherche et de l'énergie à Strasbourg. C'est un grand héritage gaulliste, le nucléaire : il y a une dimension de souveraineté et d'indépendance énergétique, et la maîtrise d'une technologie qui assure à la France une place dans le jeu géopolitique mondial."

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Deux scénarios étudiés

A gauche, en revanche, les fractures sont plus nettes. Historiquement, les mouvements écologistes post-68, à partir desquels s'est forgée la matrice de l'écologie politique en France, se sont développés sur une contestation antinucléaire puissante. Si plusieurs penseurs s'en sont par la suite détachés, cette conviction a survécu jusqu'aux Verts, puis jusqu'à EELV aujourd'hui, qui plaide toujours, Yannick Jadot en tête, pour une dénucléarisation du pays. Côté France insoumise, Jean-Luc Mélenchon a fait sa mue il y a peu, après son départ du Parti socialiste, en 2008 : pour son mouvement, la mise en oeuvre de "la sortie totale du nucléaire" figure parmi les mesures d'urgence à appliquer sur le volet écologique. C'est sur ce point que le leader et sa troupe se distinguent peut-être le plus des communistes, historiquement productivistes et pronucléaires, dont les cadres ont fortement regretté la fermeture de Fessenheim. Au Parti socialiste, plusieurs lignes cohabitent, et le débat n'a pas été rouvert depuis un moment... "L'union des gauches" aura fort à faire pour trouver, sur ce point, un compromis.

Au sommet de l'Etat aussi, on s'interroge sur la voie à suivre. La réponse du président de la République au Dauphiné libéré en janvier dernier en est l'aveu : "Nous avons une chance historique, c'est le nucléaire, qui est la production non intermittente la plus décarbonée au monde. Et notre défi, c'est de réduire le nucléaire pour augmenter la part du renouvelable." Pour le moins flou. Que faire, surtout, avec les 50% de nucléaire restant dans le mix énergétique qui subsisteront après 2035 ? Le gouvernement planche, avec l'Agence internationale de l'énergie, sur le scénario d'une électricité 100% renouvelable, mais il a également demandé à EDF "de démontrer que son plan pour la construction de nouveaux et onéreux EPR est crédible et capable de sortir de ce fiasco commercial et industriel", souffle un bon connaisseur du dossier. "Le président a une approche moins doctrinale que celle des dirigeants d'autres partis, résume Pascal Canfin, ancien Vert devenu député européen LREM et président de la Commission environnement du Parlement européen. Pour lui, la question est d'abord celle-ci : investir dans le nucléaire et dans les EPR est-il un bon calcul financier pour l'Etat ?" Seule certitude : voilà un casse-tête que le chef de l'Etat ne veut pas s'imposer avant 2022.

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