La journée du 14 octobre, consacrée à la qualité de l'air, est l'occasion de faire un triste constat. Dans la plupart des endroits où la pollution avait fortement reculé au printemps 2020, nous atteignons aujourd'hui de nouveaux sommets. Ozone, plomb, dioxyde de soufre, particules fines... Dans les grandes villes, les alertes se succèdent. La quasi-totalité de la population mondiale respire un air dépassant les limites fixées par l'Organisation mondiale de la Santé (OMS). Une situation qui entraîne chaque année de nombreux décès prématurés et pousse les acteurs de la tech à s'aventurer un peu plus sur le terrain de la santé.

Une première étape significative avait déjà été franchie avec l'arrivée de montres connectées capables de surveiller notre rythme cardiaque. Avec la future génération d'appareils, de nouvelles perspectives s'ouvrent : celles de pouvoir respirer un air purifié, et peut-être un jour de se protéger de certains virus. Mais rien n'est encore fait car ces dispositifs au look très particulier devront séduire les consommateurs. Un challenge relevé.

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Le fabricant singapourien Razer, connu pour ses gammes de produits destinées aux amateurs de jeux vidéo, s'est déjà cassé les dents sur ce marché. Son masque Zephyr, annoncé en grande pompe en mars 2021, devait nous protéger à la fois du Covid-19 et des particules nocives qui nous entourent. Or sa commercialisation a été un échec. Il n'est plus possible de le commander et son fabricant ne souhaite pas revenir sur ce revers. Sur Internet, ne restent que les traces d'un "bad buzz", Razer n'ayant jamais réussi à obtenir une certification de type FFP2 auprès des autorités sanitaires.

Dyson aura-t-il plus de succès ? Le fabricant britannique, surtout connu en France pour ses aspirateurs sans fil haut de gamme, prend un risque en s'aventurant sur le segment des appareils électroniques portatifs. Mais il écarte - pour l'instant - la partie virus afin de se consacrer sur le filtrage des particules en suspension comme les PM10, les PM2,5, le dioxyde d'azote (NO2) ou encore le pollen, responsable de nombreuses allergies. Et son système de purification en deux étapes s'intègre dans un casque audio, dont l'usage est déjà fortement démocratisé.

Concrètement, le Dyson Zone aspire l'air ambiant au niveau des oreillettes. Une fois débarrassé des impuretés, celui-ci est acheminé vers une visière amovible placée au niveau de la bouche avant d'être projeté vers le visage. Conçu avant tout pour les trajets allant du domicile au bureau, le casque intègre également un système efficace de réduction du bruit.

S'équiper de ce genre d'appareil procure un sentiment mitigé. D'un côté, Dyson a soigné l'ergonomie de son produit. Le casque, bien qu'un peu lourd en raison de la présence de batteries dans la partie supérieure, s'avère agréable à porter. La visière, qui n'entre pas en contact avec le visage, s'attache et se détache facilement. Elle peut aussi s'abaisser pour laisser l'utilisateur parler sans encombre. Le jet d'air, dont la force est paramétrable, s'apparente à une brise rafraîchissante. Et avec la réduction de bruit ou la musique, on se met facilement dans sa bulle.

Un design très (trop?) futuriste

Le design, en revanche, semble tout droit tiré d'un futur apocalyptique. Et même si Dyson a rendu la visière légèrement réfléchissante afin qu'elle se fonde mieux dans le décor, on ne peut s'empêcher de se trouver ridicule, équipé de la sorte. Dès les premières minutes de tests, plusieurs questions viennent à l'esprit : la légère odeur de plastique décelée dans le flux d'air disparaîtra-t-elle avec le temps ? Le système d'attache de la visière n'est-il pas trop fragile ? Vais-je devoir changer les filtres plusieurs fois par an (au lieu d'une seule) si mes trajets passent par des zones trop polluées ?

Sur tous ces aspects, Dyson se veut rassurant : avant sa commercialisation en 2023, le produit profitera encore de plusieurs améliorations. Mais certaines limites apparaissent déjà : le casque ne nous protégera pas des virus. Il n'est pas non plus conçu pour accompagner ses utilisateurs dans leurs pratiques sportives, le système de filtration étant peu compatible avec une respiration humaine trop rapide.

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"C'est clairement un pari", reconnaît Alex Knox, vice-président en charge de l'introduction des nouveaux produits chez Dyson. Le design ne plaira pas à tout le monde. Mais le point de départ c'est ce problème de pollution de l'air qui touche la quasi-totalité de la population. Par ailleurs, les habitudes changent : qui aurait cru il y a quelques années que l'on porterait autant le masque dans les pays occidentaux" ?

Les premiers tests réalisés avec le casque dans les rues et le métro de Londres se révèlent encourageants. L'appareil n'aurait pas provoqué de réactions particulières dans l'entourage du porteur, assure un porte-parole de la marque. En coulisses, les équipes de Dyson comptent au moins sur un bon décollage de leur produit en Asie où la population est davantage sensibilisée à la pollution de l'air et l'usage du masque plus fréquent. "Là-bas, l'engouement pour les produits tech est indéniable et les événements organisés par la marque rencontrent un vif succès", confie-t-on en interne.

Certes, le prix du Dyson Zone, forcément premium étant donné le positionnement de la marque, rebutera une partie de la clientèle. "Il n'est pas rare de voir un an s'écouler entre la sortie d'un appareil et le décollage de ses ventes, le temps que le bouche-à-oreille se mette en place, et que le produit se retrouve sur des listes de cadeaux" confirme un spécialiste de la marque. Il faudra donc s'armer de patience avant de pouvoir évaluer le succès de ce casque futuriste, qui n'arrivera dans les rayons que l'année prochaine. Mais Alex Knox en est persuadé : un nouveau marché est en train de naître.