Nous n'en avons décidément pas fini avec le Sars-CoV-2 et ses effets délétères. Alors que la vague Omicron reflue, de nouvelles études continuent de préciser les conséquences du virus sur notre santé. Des conséquences qui ne se limitent pas à la phase aiguë de l'infection, loin de là.
Des chercheurs de l'université de Saint-Louis, aux Etats-Unis, viennent en effet de montrer que les personnes contaminées présentaient un an plus tard un risque accru de maladies cardiovasculaires - AVC, troubles du rythme, insuffisance cardiaque ou encore embolie pulmonaire - par rapport au reste de la population. Y compris lorsqu'elles avaient fait initialement une forme très modérée de Covid-19.
"Avec ce travail, on dépasse largement le cadre du Covid long. Même des individus apparemment remis de leur infection peuvent ultérieurement développer de nouvelles pathologies", constate le Dr Olivier Robineau, infectiologue au centre hospitalier de Tourcoing (Nord) et coanimateur de l'action "Covid long" de l'ANRS-MIE. Toute la question, désormais, est de savoir si ce risque se prolonge au-delà d'une année, et le cas échéant pour quelles raisons. "A ce stade, il reste difficile de déterminer s'il s'agit d'un effet propre du virus ou lié au contexte social et médical, avec les conséquences des confinements et des retards au diagnostic. Mais il se pourrait qu'une inflammation chronique persiste à bas bruit chez les sujets infectés, entraînant des lésions sur le plus long terme. Cela nécessite des recherches et un suivi des populations concernées", poursuit le scientifique.
Les bébés et les jeunes enfants particulièrement concernés
L'hypothèse, en tout cas, est loin d'être farfelue : dans les années qui ont suivi l'épidémie de Sars de 2003-2004, déjà, les pathologies cardiovasculaires avaient augmenté chez les personnes contaminées. "Depuis, des chercheurs asiatiques ont découvert que les patients infectés par ce coronavirus, cousin du Sars-CoV-2, présentaient encore des anomalies lipidiques [des anomalies dans la composition des lipides, cholestérol ou autres, présents dans le sang] jusqu'à dix ou douze ans plus tard", expliquent le Dr Alexia Rouland et le Pr Bruno Vergès, spécialistes des maladies métaboliques au centre hospitalo-universitaire de Dijon. Si le lien entre le virus et ces anomalies reste mystérieux, il est en revanche certain que celles-ci contribuent à la formation des plaques d'athérome, pouvant ensuite obstruer les artères ou provoquer des caillots. Les deux médecins viennent de lancer un projet de recherche pour voir s'ils retrouvent des modifications similaires dans le sang des sujets touchés par le Covid-19. Ils espèrent en savoir plus d'ici à 18 mois.
Outre les pathologies cardiovasculaires, les conséquences du virus sur le développement et la fertilité future des enfants inquiètent aussi les scientifiques. Tout est parti d'une observation : les hommes atteints de formes sévères du Covid gardaient pendant plusieurs mois après leur infection des taux de testostérone très bas. "Cela laisse supposer qu'une population particulière de neurones, chargée de sécréter une hormone importante pour l'ovulation et la formation de spermatozoïdes, pourrait être atteinte par le virus", explique Vincent Prévot, directeur de recherche à l'Inserm de Lille. Une hypothèse rendue assez probable, selon ce scientifique, par le fait que ces neurones naissent dans le nez lors de l'embryogenèse avant de migrer dans le cerveau, tout en restant connectés à l'épithélium nasal.
"Ce constat s'avère préoccupant pour les enfants contaminés à la naissance ou lors de leur petite enfance, car ces mêmes neurones jouent un rôle clef pour faire mûrir l'axe cérébral impliqué dans le développement des fonctions de reproduction et dans le neurodéveloppement", précise le chercheur, qui compte explorer plus avant cette piste. Pour cela, l'ANRS-MIE travaille notamment à la mise en place de deux cohortes pédiatriques, l'une avec des enfants nés de mères infectées et contaminés à la naissance, et l'autre avec des enfants, infectés ou non. "Tout ce que nous espérons, bien entendu, c'est que ces craintes ne se matérialisent pas. Mais pour le savoir il faut l'étudier", souligne Olivier Robineau. Réponse dans plusieurs années.
