Il n'existe, à ce jour, qu'un seul traitement efficace contre les cas de Covid sévères : le bebtelovimab. D'après une récente étude menée par une équipe de l'Université Columbia et parue en prépublication sur le site BioRxiv, cet anticorps monoclonal développé par l'entreprise pharmaceutique américaine Lilly conserve une activité neutralisante puissante contre les sous-variants BA.4 et BA.5 d'Omicron. Mais si le laboratoire Lilly a signé un accord avec le gouvernement américain prévoyant la livraison de 600 000 doses pour le 31 mars 2022, avec une option de 500 000 doses supplémentaires pour le 31 juillet 2022, il se refuse à commercialiser son traitement en dehors des Etats-Unis.

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"Un scandale", pour l'épidémiologiste Antoine Flahault, directeur de l'Institut de santé globale de l'Université de Genève, qui dénonce la décision de l'entreprise sur Twitter. La société pharmaceutique se défend en expliquant qu'elle "continuait d'évaluer le besoin et la demande de [son] traitement sur d'autres marchés", souligne Le Temps. Quel intérêt le laboratoire a-t-il à limiter son marché si la demande est présente en Europe ? "Lilly avait lancé une première génération d'anticorps monoclonaux dirigés contre le SARS-CoV-2, or ce traitement a très rapidement perdu en efficacité contre de nouveaux variants. Est-il possible que l'entreprise ait été échaudée par cette expérience et ne souhaite plus s'investir autant dans ce champ thérapeutique ?", s'interroge Alexandra Calmy, infectiologue aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) auprès du quotidien suisse. "Il est très difficile pour nous, en tant que médecin, de ne pas disposer d'un médicament qui semble conserver une efficacité contre BA.4 et BA.5.".

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Et pour cause, selon une étude de l'Université de Tokyo, qui a évalué les caractéristiques des sous-variants, BA.4 et BA.5, ces derniers se répliqueraient plus efficacement dans les cellules pulmonaires humaines que BA.2. Chez les hamsters, les lésions pulmonaires seraient en tout cas plus sévères lors d'une infection. Posséder un traitement efficace pour les patients immunodéprimés et personnes très à risque de faire des formes graves n'est donc pas un luxe.

Le nombre de cas en hausse en Europe

Le 14 juin, le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC) a alerté sur la possibilité d'une augmentation du nombre de cas quotidiens en Europe ces prochaines semaines "portée" par BA.4 et BA.5. Les deux sous-variants sont déjà dominants aux Etats-Unis, en Afrique du Sud où ils ont été repérés pour la première fois, mais aussi au Portugal, qui voit actuellement une hausse du nombre de cas, d'hospitalisations et de décès liés au Covid-19. En France, le sous-variant BA.2 reste dominant mais il commence à être rattrapé par les deux derniers qui s'imposent petit à petit dans l'ensemble des contaminations.

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Alors qu'ils étaient respectivement à 0,8 % pour BA.4 et 5 % pour BA.5 dans l'ensemble des contaminations recensées dans les données du 2 juin, ils sont désormais passés à 3,7 % et 24,2 %, explique Santé publique France dans son dernier point hebdomadaire du 16 juin. Parallèlement, le nombre de cas enregistrés quotidiennement sur le territoire augmente lui aussi. Santé publique France explique ainsi que "la circulation du SARS-CoV-2 s'est accélérée sur l'ensemble du territoire métropolitain avec une forte progression des indicateurs virologiques." Une tendance à l'augmentation des admissions à l'hôpital a également été observée. Le taux d'incidence a ainsi augmenté de 53 % en une semaine (entre la semaine du 30 mais au 5 juin et celle du 6 au 12 juin) selon les autorités sanitaires.

Si l'épidémie semble donc répartir, les épidémiologistes, qui appellent à la prudence, estiment toutefois que ces nouveaux sous-variants ne provoqueront pas forcément plus de décès. "En Afrique du Sud, BA.4/5 ont été beaucoup, beaucoup moins meurtrières que toutes les vagues précédentes", rassurait en début de semaine Tulio de Oliveira, directeur du CERI (Centre for Epidemic Response & innovation) et virologue à l'université du Kwazulu-Natal, en Afrique du Sud. Son équipe, pour rappel, avait annoncé à l'automne 2021 la découverte d'Omicron.