Ce pourrait être l'un des effets positifs d'un potentiel reconfinement. En réduisant la pollution atmosphérique, et notamment les sources d'émissions de particules fines, nous pourrions sans doute diminuer de manière sensible le nombre de décès dans notre société. Le phénomène avait déjà été observé lors de la première vague. Le confinement à l'échelle nationale s'était traduit par une diminution spectaculaire des émissions de gaz à effet de serre et une baisse soudaine du nombre d'admissions aux urgences pour AVC ou infarctus.
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Dans une étude récente publiée dans la revue spécialisée Cardiovascular Research, les chercheurs confirment le lien entre pollution de l'air et santé. Selon leurs calculs, l'exposition à une atmosphère viciée se traduit par une hausse moyenne de 15% du nombre de morts liés au Covid. Bien sûr, l'effet n'est pas direct. C'est en aggravant les comorbidités (diabète, hypertension...) associées aux formes sévères de Covid-19 que l'exposition aux particules fines agit. Lorsque des personnes inhalent de l'air pollué, les fameuses PM 2.5 passent des poumons dans le sang et les vaisseaux, occasionnant des inflammations et un stress oxydatif, c'est à dire une agression des cellules. Ce processus endommage l'endothélium, la couche interne des vaisseaux sanguins, et peut entraîner un rétrécissement ou un raidissement des artères voire la formation de caillots. Le virus responsable du Covid-19 provoque lui aussi des dégâts sur les vaisseaux sanguins. Les deux effets peuvent donc se cumuler. "Si vous êtes fragile du coeur, la pollution et l'infection par le coronavirus peuvent déboucher sur une attaque", prévient l'un des auteurs de l'étude.
6300 décès concernés en France
Selon les calculs des chercheurs, la pollution de l'air aurait ainsi contribué pour 29% au nombre de morts Covid en République tchèque. Et sa contribution atteindrait 27% en Chine, 26% en Allemagne, 22% en Suisse, 21% en Belgique, 19% aux Pays-Bas, 16% en Suède, 15% en Italie, 14% au Royaume-Uni, 12% au Brésil, 11% au Portugal, 8% en Irlande, 6% en Israël, 3% en Australie et 1% en Nouvelle-Zélande. En France, la pollution jouerait pour 18% ce qui représente environ 6300 victimes.
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Les particules fines semblent accroître l'activité du récepteur ACE-2, précisent les auteurs de l'étude. Or celui-ci est impliqué dans la façon dont le Sars-CoV2 infecte les cellules. Pour les personnes exposées, c'est la double peine : les particules fines endommagent les poumons tandis que la suractivité du récepteur ACE-2 augmente la probabilité d'absorption du virus. Ces travaux montrent le bénéfice que nos sociétés pourraient tirer de la diminution de la pollution de l'air. Les effets négatifs des particules fines dépassent d'ailleurs largement le cadre des AVC et du coronavirus. "Les particules se retrouvent par exemple dans le placenta. Elles touchent le foetus et entraînent des hypotrophies, c'est-à-dire des naissances d'enfants avec un faible poids. Les particules s'immiscent également dans le cerveau via le bulbe olfactif. Elles y provoquent là aussi un stress oxydatif. Et certaines études mentionnent déjà un lien entre le fait d'habiter près d'une voie à fort trafic routier et le développement de la maladie d'Alzheimer. Il existe aussi des liens avec le cancer et le diabète", expliquait récemment à L'Express Pierre Souvet, cardiologue et président de l'association Santé environnement France.
