C'est un classement inédit du prix de la pollution de l'air en Europe publié par le cabinet CE Delft pour l'Alliance européenne pour la santé publique (EPHA), plateforme d'ONG basée à Bruxelles. Un chiffre qui prend en compte les coûts liés aux décès prématurés, aux traitements médicaux induits par les différentes affections comme les bronchites chroniques et les autres coûts sanitaires causés par les trois polluants principaux : les particules en suspension dont le diamètre est inférieur à 10 micromètres (82% des coûts), le dioxyde d'azote principalement émis par le trafic (15%) et l'ozone (2,5%).
432 villes passées au crible
Cette étude comparative se penche sur 432 villes réparties dans les vingt-sept pays de l'Union européenne, le Royaume-Uni, la Norvège et la Suisse.

Carte représentant le coût de la pollution de l'air par habitant. A Paris, par exemple, il s'élève à 1 602 euros par an.
© / EPHA
En ce qui concerne la France, elle apporte de précieuses informations. "Nous avons passé au crible 67 villes de l'Hexagone, énumère Olivier Blond, le directeur de l'association Respire. Si, sans surprise, les grandes métropoles comme Paris et Lyon demeurent celles où les coûts par habitant sont les plus élevés (1 602 euros et 1 134 euros), il est surprenant de noter la présence en haut de classement de villes moyennes comme Melun, Douai, Fréjus, Rouen et Saint-Quentin."
770 euros par Français
En moyenne à l'échelon du pays, cette pollution coûte 770 euros par an et par personne. La pollution urbaine de l'air s'explique par une multitude de facteurs : transports, chauffage des habitations, activités industrielles ou agricoles. A titre d'exemple, en matière de transport, une augmentation de 1% dans les déplacements domicile-travail accroît le coût des émissions de particules en suspension (d'une taille inférieure à 10 micromètres) de 0,29% et ceux de dioxyde d'azote de 0,54%. Ainsi, une augmentation de 1% du nombre de voitures dans une ville augmente les coûts sociaux de près de 0,5%. "Il faut faire des efforts pour des transports moins polluants et encourager la transition vers des mobilités plus durables et actives, comme la marche, le vélo et les véhicules électriques, plaide Olivier Blond. Les municipalités n'ont plus le choix : en application de la loi d'orientation des mobilités, elles devront, à partir du 1er janvier 2021 mettre en place des zones à faibles émissions mobilité lorsqu'elles dépassent de manière régulière les normes de qualité de l'air."
Ce constat se vérifie à l'échelle européenne puisque la pollution de l'air coûte 166 milliards d'euros par an ou 1276 euros par habitant. Avec de lourdes disparités : Londres arrive en tête des villes où ce coût est le plus élevé (11,4 milliards d'euros), devant Bucarest et Berlin. Paris avec 3,5 milliards d'euros, arrive en septième position, selon le rapport. Loin devant Lyon (585,2 millions) et Nice (383,4 millions). La pollution de l'air est responsable de 48 000 à 76 000 morts prématurées par an en France et 480 000 en Europe, selon l'Agence européenne de l'environnement (AEE). Et les deux tiers des grandes villes dépassent toujours les recommandations de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) pour la qualité de l'air. "Plus que jamais, notamment dans le terrible contexte de la crise sanitaire lié au Covid-19, le gouvernement doit améliorer sa politique publique en matière de transports, conclut Olivier Blond. Il n'y a plus le temps de tergiverser. "
