Du beau temps, de la chaleur et du vent. Des conditions idéales pour une explosion des allergies au pollen. Depuis plusieurs semaines déjà, les généralistes voient débarquer dans leurs cabinets de nombreux patients en pleine crise. Une vague qu'ils qualifient de "violente". Mais pour le Pr. Frédéric de Blay, président de la Fédération Française de l'Allergologie (FFAL) le plus important n'est pas la hauteur du pic épidémique. Celle-ci varie énormément d'une année sur l'autre. Pour apprécier la situation, mieux vaut regarder la tendance. "Avec les maladies allergiques, nous faisons face à une épidémie silencieuse. 30 % des Français sont déjà concernés et on pourrait arriver dans vingt ans à venir à la moitié de la population". Comme la plupart de ses collègues, le médecin observe une montée des cas problématiques au fil du temps. Les enfants, par exemple, souffrent plus souvent d'allergies alimentaires ou font davantage d'asthme.

LIRE AUSSI : Allergies aux pollens ou Covid-19, comment réussir à les différencier ?

Le Dr Isabelle Bossé, présidente du Syndical Français des Allergologues (SYFAL), confirme cette évolution. "Globalement, de plus en plus de personnes souffrent de symptômes qui tendent à s'aggraver avec le temps. Il y a dix ou quinze ans, une vraie allergie au pollen de bouleau ou de graminées restait relativement rare chez les enfants. Désormais, les jeunes de sept ou huit ans viennent consulter en masse. Pis, on voit même des petits de trois ou quatre ans victimes d'allergies. Cela signifie qu'il n'a fallu qu'une poignée de saisons pour les sensibiliser. Dans le passé, cela prenait pourtant sept ou huit ans".

Quelque chose a donc changé au royaume des allergies. Difficile de pointer du doigt une seule explication. "Il existe apparemment un lien fort entre la vie urbaine et les réactions immunitaires anormales", note Frédéric de Blay. Dans cette association, la pollution joue un rôle important. Par exemple, les polluants présents en ville modifient la structure du pollen, permettant aux protéines allergènes d'être relâchées plus facilement et de pénétrer plus profondément dans nos voies respiratoires.

Plusieurs facteurs entrent en jeu

Cependant les allergies résultent de multiples facteurs. "Elles dépendent de notre environnement intérieur et extérieur, de notre exposition aux allergènes ou de notre phénotype", détaille Isabelle Bossé. A cela s'ajoutent d'autres éléments plus généraux comme le réchauffement climatique, où les prises multiples d'antibiothérapie chez les enfants. "Au fur et à mesure que le climat se modifie, la durée d'exposition à la pollinisation s'allonge, poursuit la scientifique. Aujourd'hui elle commence entre huit et dix jours plus tôt pour certaines espèces et se termine entre quinze jours et trois semaines plus tard. Un écart énorme par rapport à ce que nous vivions dans le passé".

LIRE AUSSI : Air du métro pollué : pourquoi les conséquences sur la santé sont encore mal connues

Frédéric de Blay tempère : "les effets du changement climatique ne se font pas ressentir partout. Par exemple, à Strasbourg, on ne peut pas vraiment dire que les périodes de pollinisation se sont allongées au cours des vingt dernières années". Tout le contraire de Nantes où les preuves s'accumulent". En règle générale, les patients deviennent d'abord sensibles au pollen avant de déclarer des allergies alimentaires quelques années plus tard. En Europe, une part importante des allergies au pollen de bouleau s'accompagnent ainsi d'une allergie à la pomme. Grâce aux progrès de la médecine moléculaire, les scientifiques connaissent de mieux en mieux les protéines impliquées dans ce genre d'associations.

Allergiques à leur maison

Mais inexorablement, la liste des substances irritantes s'allonge. De plus en plus de jeunes enfants deviennent intolérants à l'arachide ou à la noisette. "Depuis deux ou trois ans, on commence à décrire des allergies au lait de bufflonne utilisé dans la mozzarella. Le cannabis, dont la consommation augmente, entre lui aussi dans la catégorie des allergènes émergents", constate Isabelle Bossé. Plus intrigant, certains citoyens deviennent allergiques ... à leur maison ! Lorsqu'ils entrent à l'intérieur, elles ressentent par exemple des brûlures dans les bronches. "Aux Etats-Unis des conseillers en environnement intérieur offrent leurs services à ces personnes désemparées. Ils leur donnent par exemple des idées afin de réduire leur exposition aux acariens.

En France, ce métier n'est pas reconnu", regrette Frédéric de Blay. L'obtention d'un vrai statut figure toutefois en bonne place dans la liste des propositions retenues pour le plan quinquennal de lutte contre les maladies allergiques. Présenté récemment au gouvernement, celui-ci vise aussi à réduire les délais d'attente pour les patients (six mois en moyenne), à renforcer l'offre de soins sur l'ensemble du territoire ou encore à assurer une meilleure prise en charge des traitements d'insensibilisation. "Nous avons encore beaucoup de chemin à faire", estime le Pr de Blay. "Au niveau européen, la France se situe plutôt en milieu de tableau, confirme Isabelle Bossé. L'Allemagne ou le Royaume-Uni tardent encore à prendre le taureau par les cornes. En revanche, certains pays nordiques ont déjà lancé avec leur plan il y a dix ans, avec succès". De quoi faire tousser nombre de patients français.