Les différences entre les hommes et les femmes ont été et restent encore l'objet de débats très intenses. Avons-nous les mêmes capacités ? Les mêmes ressources ? Traite-t-on les sujets différemment ? Mais surtout, avons-nous le même cerveau ?

Lorsque les individus mâles et femelles d'une même espèce ont des différences morphologiques plus ou moins marquées au-delà des organes génitaux, on parle de dimorphisme sexuel. Avec l'essor des techniques de neuro-imagerie (IRM) ces dernières décennies, le dimorphisme (ou non) sexuel du cerveau humain est rapidement devenu un champ majeur de recherche dans le domaine des neurosciences et a été analysé de manière quasi exhaustive. Toutefois, les avis continuent de diviser. Quel est le poids des différences socioculturelles entre les hommes et les femmes ? Celui des modes de vies ? Y a-t-il simplement des activités différenciantes ? En réalité, distinguer dans l'anatomie d'un cerveau ce qui lui est inhérent de ce qui est dû à son évolution au cours de la vie n'est pas chose facile.

Des réseaux de neurones utilisés différemment selon les sexes

Récemment, plusieurs chercheurs ont semblé démontrer qu'il y a bien une différence entre le cerveau de l'homme et celui de la femme, mais que celle-ci est moins importante que ce que l'on imaginait il y a quelques années. Par exemple, certaines études pointent des écarts de latéralisation entre les deux hémisphères, mais aussi une différence de ratio de matière grise, ou encore que certains réseaux cérébraux sont utilisés différemment selon les sexes. Bref, certaines régions du cerveau humain seraient bien dimorphiques. Une autre série d'articles soutient l'hypothèse que ces différences anatomiques peuvent avoir un impact sur certaines fonctions cognitives spécifiques, par exemple de rotation mentale (capacité à faire tourner dans sa tête un objet en deux ou trois dimensions). Toutefois, ces théories ont été critiquées pour leur méthodologie, ou leurs résultats difficiles à répliquer.

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Très récemment, Lise Eliot et ses collègues de l'université Rosalind-Franklin de médecine et de science à Chicago ont publié une synthèse de trois décennies de recherches sur l'existence ou non d'un dimorphisme sexuel du cerveau humain, et tenté de répondre à la question cruciale : le cerveau de l'homme et celui de la femme sont-ils très différents ? Leur réponse peut se résumer à : presque pas du tout. Les divergences sont avant tout d'ordre morphologique : entre les deux sexes, la taille de l'encéphale peut varier jusqu'à 11 %. Ce qui s'explique tout simplement par le fait que les hommes sont souvent plus grands que les femmes.

D'une façon générale, les dissemblances au niveau du cerveau sont donc le produit de cet écart de taille, mais n'ont rien à voir avec le sexe. La différence interindividuelle serait beaucoup plus importante que celle entre les sexes, si elle existe. L'étude américaine inclut aussi des mesures de ratio entre la matière grise et la matière blanche. Elle montre clairement que ce ratio change aussi selon la taille de la tête, quel que soit le sexe.

L'imagerie peine à déceler de réelles différences

Les chercheurs de l'université Rosalind-Franklin s'intéressent à la question de savoir si, et à quel moment, grâce à l'imagerie, on peut déceler qu'un cerveau est celui d'un garçon ou celui d'une fille (ce qui étaierait la thèse du dimorphisme). Pour, eux, ce genre de prédiction vaut ce que vaut le hasard.

Enfin, ils montrent que les études sur les différentes activations de certaines zones échouent à identifier de manière systématique des différences entre les sexes. Finalement, leur conclusion semble sans équivoque : le cerveau humain ne serait pas dimorphique (comme les gonades), mais plutôt monomorphique (comme le coeur, les poumons ou les reins).

L'article rédigé par Lise Eliot va très probablement susciter de nombreuses interrogations. Nombre de ses confrères ne manqueront pas de pointer le fait que la neuroscientifique et son équipe fondent leurs résultats uniquement sur les recherches faites en IRM. Ce qui est sûr, c'est qu'indépendamment des réponses et des discussions futures, il faut toujours être prudent et prendre garde à ne pas en tirer hâtivement les conclusions qui justifieraient une vision sociale ou idéologique des différents sexes ou genres de l'espèce humaine. L'essentialisation des individus et leur discrimination sont fallacieuses indépendamment de nos connaissances.