Loin des fantasmes d'implants cérébraux pour contrôler la population, attribués au projet Starlink d'Elon Musk ou des futurs connectés des transhumanistes, la stimulation cérébrale profonde (SCP) apporte une réponse à de multiples pathologies dans les cas de symptômes invalidants, uniquement lorsque les pistes thérapeutiques non invasives sont épuisées. Cette technique chirurgicale consiste à implanter des électrodes permanentes dans des zones spécifiques du cerveau où ils vont délivrer une stimulation électrique à haute fréquence. Ces électrodes sont alimentées par un neurostimulateur souvent logé sous la clavicule du patient ou dans l'abdomen. Pour faire simple, le principe est souvent comparé à un stimulateur cardiaque, mais pour le cerveau.
La SCP fut découverte en partie par hasard par le Pr Alim-Louis Benabid en 1987 au CHU de Grenoble lors d'une opération pour traiter des mouvements involontaires : en testant l'effet de la stimulation à haute fréquence, il constata que les tremblements du patient s'amélioraient. Depuis, le protocole a été standardisé et élargi à diverses maladies, principalement liées aux troubles du mouvement comme la maladie de Parkinson, les tremblements essentiels ou la dystonie. Plus récemment, la SCP a été approuvée comme indication thérapeutique pour le trouble obsessif compulsif (TOC) ainsi que certaines formes d'épilepsie. Elle est en phase de tests cliniques pour l'anorexie mentale, les dépressions résistantes, la maladie de Gilles de la Tourette ou encore la maladie d'Alzheimer. Il s'agit d'une technique invasive, nécessitant une lourde opération, si bien qu'elle reste utilisée en dernier recours.
Un kilo et demi de matière mystérieuse
La SCP se révèle redoutablement efficace. Il suffit de voir, par exemple une personne qui tremble énormément se stabiliser quasi instantanément après avoir activé les électrodes. Toutefois, il faut reconnaître que nous ne savons pas exactement comment elle fonctionne. Ces zones d'ombre de notre compréhension appellent à une précaution accrue en attendant d'avoir mieux cerné ces mécanismes.
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Cela explique pourquoi des essais cliniques sont en cours, aussi bien pour trouver de nouvelles applications que pour tenter de comprendre sa façon d'agir au coeur de l'encéphale. Parce que, outre la difficulté implantatoire du dispositif, la SCP induit de nombreux effets secondaires indésirables. Certains cas relatent des changements d'humeur, de fonctions cognitives, voire, chez certaines personnes, une soudaine incapacité à nager ou à effectuer des mouvements simples de la vie courante.
Pourtant, avec une trentaine d'années de retour d'expérience, la stimulation cérébrale profonde demeure un immense progrès médical. Elle soigne, aide à mieux connaître ce kilo et demi de matière mystérieuse qui se situe entre nos deux oreilles, mais nous éclaire aussi sur la nature humaine. Ainsi, ses premiers usages concernent les maladies psychiatriques et touchent donc notre psychologie et notre identité, tout comme ils posent des questions éthiques et philosophiques.
Appréhender le cerveau ? Une gageure
Historiquement, la vision que nous avons de notre identité est très marquée par les religions monothéistes séparant l'âme et le corps, mais aussi par les modèles dualistes des philosophes comme celle de Descartes qui fait la distinction entre "substance pensante" et "substance étendue". Cette vision clivée du corps avec le cerveau d'un côté et l'esprit de l'autre, est énormément mise à mal par les nouvelles découvertes scientifiques qui tendent vers une inséparabilité du substrat biologique de l'encéphale : notre appareil psychique.
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Le plus spectaculaire lorsque l'on assiste à une opération de stimulation cérébrale profonde, c'est de voir que le patient reste souvent éveillé afin d'évaluer les effets en temps réel lors de l'implantation des électrodes. Donc, lorsque le tempérament d'une personne, sa capacité à sentir des émotions positives ou à ressentir du lien avec les autres est modulé en direct selon la stimulation des électrodes, cela interroge sur notre nature profonde. Appréhender l'organe humain le plus complexe reste une gageure. Ne vous laissez pas abuser par les transhumanistes qui croient pouvoir le contrôler. Nous en sommes très loin. Pour le meilleur comme, peut-être, pour le pire.
