Quel niveau d'alerte pour le Monkeypox ? L'Organisation mondiale de la santé réunit, ce jeudi 21 juillet, son Comité d'experts sur la variole du singe pour déterminer si la flambée actuelle de cas constitue une urgence de santé publique de portée internationale, soit le seuil le plus élevé. Ce comité d'urgence se chargera d'évaluer les indicateurs épidémiologiques, alors que la situation s'est aggravée ces dernières semaines : plus de 14 500 cas recensés dans 70 pays, selon les chiffres des autorités sanitaires des Etats-Unis (CDC).

Le dernier rapport de Santé Publique France, publié mercredi 20 juillet, relève un total de 1 453 cas de variole du singe confirmés dans l'Hexagone depuis le mois de mai, dont 678 dans la région parisienne. La recrudescence inhabituelle de cas de variole du singe en dehors des pays d'Afrique centrale et de l'ouest, où le virus est endémique, s'est étendue en quelques semaines dans le monde entier, avec comme épicentre l'Europe.

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La phase d'incubation du virus peut s'étaler de "5 à 21 jours", informe le site du ministère français de la Santé, avant que les premiers signaux de la maladie ne voient le jour : fatigue, fièvre, maux de tête, douleurs musculaires... Des éruptions cutanées apparaissent ensuite, les symptômes similaires à ceux de la varicelle. "On devient contagieux à partir du début des signes cliniques et jusqu'à trois semaines après. Il faut attendre que les lésions cutanées disparaissent, elles doivent être sèches et tomber", explique à L'Express Hervé Fleury, virologue, professeur émérite au CNRS et à l'université de Bordeaux. Les malades doivent respecter un isolement pendant toute la durée de la maladie.

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Dans son bulletin datant du 18 juillet, l'ARS d'Île-de-France indique que le Monkeypox connaît trois modes de transmission. Le premier se fait par voie aérienne, dans le cadre "d'un contact prolongé (à moins de 2 mètres pendant 3 heures) au travers de sécrétions respiratoires (postillons et microgouttelettes projetés dans l'air lors d'un échange avec une personne)". Une autre façon d'attraper le virus est d'entrer en contact étroit et direct avec cette personne via les lésions cutanées (plaies, croûtes), les fluides corporels (sang, salive..), ou les muqueuses (bouche, anus, orifices naturels produisant du mucus).

"Le virus est très solide"

Avoir été en contact avec des objets ou du linge contaminés par la personne constitue la troisième voie de transmission. "Le virus est très solide. Si vous avez des lésions cutanées et que vous vous êtes allongé sur un lit, si quelqu'un vient s'y asseoir après, des particules virales vont pouvoir rentrer via des microlésions cutanées", détaille Hervé Fleury. Il ajoute que le virus peut rester "plusieurs jours" sur les zones inertes.

"Les pox virus (qui infectent les hommes et les animaux) font partie des virus les plus résistants", assure le spécialiste. Une étude allemande, publiée en juin dernier dans la revue médicale Eurosurveillance, souligne à quel point il est important pour le personnel hospitalier de décontaminer les surfaces en contact avec des patients. Les chercheurs révèlent qu'un niveau de contamination élevé a été trouvé sur les textiles largement utilisés par les patients, en particulier sur le drap-housse, la housse de couette, la taie d'oreiller ou encore la chemise du premier patient.

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Cette voie de transmission, retrace Hervé Fleury, est très connue avec la variole, aussi appelée "petite vérole" - qui n'a en réalité pas grand-chose à voir avec la variole du singe, les symptômes étant bien moins graves. "Le virus de la variole s'est déplacé avec des balles de coton qui venaient du Pakistan, il était resté sur les tissus", détaille le virologue. Quelques zones d'ombre demeurent toutefois sur la contamination environnementale de surfaces par le virus : on ignore encore la dose infectieuse nécessaire à la transmission du Monkeypox à partir de surfaces inertes contaminées.

Si la variole du singe n'est pas considérée comme une infection sexuellement transmissible, une étude italienne, publiée en mai dans Eurosurveillance, pourrait changer la donne. Des virologues et infectiologues de l'Institut national des maladies infectieuses 'Lazzaro Spallanzani' (IRCCS, Rome) déclarent avoir trouvé l'ADN viral du Monkeypox dans le sperme de quatre personnes contaminées. Ces patients étaient des hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes.

Ces travaux laissent la porte ouverte à une possible transmission du virus par voie sexuelle. "Mais ces données préliminaires ne peuvent cependant pas être interprétées, à ce stade des recherches, comme une preuve formelle d'infectiosité du sperme", concluent les chercheurs. Des études supplémentaires sont attendues.