Une nouvelle fois, les associations montent au créneau. Objectif : accélérer la campagne vaccinale contre la variole du singe, lancée en juillet. Au total, 2 673 cas confirmés ont été recensés en France au jeudi 11 août, rapporte le bilan de Santé publique France publié vendredi. Dans un communiqué mis en ligne le même jour, Act-Up Paris, AIDES, Sidaction et le syndicat des travailleurs du sexe STRASS ont alerté sur le "risque réel d'une épidémie hors de contrôle". D'après leurs prévisions, "au rythme actuel, toutes les personnes éligibles seront vaccinées fin décembre, et avec une seule dose."

A date du mercredi 10 août, "plus de 30 000 personnes" avaient reçu au moins une injection contre la variole du singe (Monkeypox en anglais), selon le ministre de la Santé. Invité sur RTL, François Braun a dévoilé que "plus de 2 000" personnes étaient vaccinées chaque jour. Alors que le public cible est estimé à plus de 250 000 individus par la Haute Autorité de santé - le chiffre comprend la population d'hommes ayant des rapports sexuels avec d'autres hommes et étant multipartenaires -, la lenteur de la campagne de vaccination est pointée du doigt. Pour Sandrine Rousseau, députée EELV, les moyens déployés par l'exécutif restent insuffisants : "La cible, rien que sur Paris, est de 150 000 personnes à vacciner. Plus on tarde moins l'épidémie est sous contrôle."

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Jeudi 4 août, le ministère de la Santé avait suscité l'étonnement en allongeant le délai entre les deux doses de la vaccination contre la variole du singe, jusqu'alors de 28 jours, pour les personnes non immunodéprimées. Devenu l'un des porte-parole des malades du Monkeypox, Corentin Hennebert est régulièrement contacté par des internautes sur les réseaux sociaux qui se plaignent de voir leur deuxième rendez-vous annulé, d'autant que les prochains ne sont fixés qu'en septembre ou octobre. "Il faut un vrai schéma vaccinal pour que ça marche", explique-t-il à L'Express.

Un manque de bras

Pourquoi le gouvernement ne pique-t-il pas à tour de bras ? L'hypothèse d'un nombre insuffisant de doses peut d'ores et déjà être écartée. Le Journal du Dimanche révèle en effet, ce dimanche 14 août, que l'État a acheté 1,5 million de doses auprès du laboratoire danois Bavarian Nordic. L'hebdomadaire dévoile aussi des précisions sur l'objectif fixé par le gouvernement : immuniser entre 10 000 à 15 000 personnes par semaine.

Si le nombre de flacons semble suffisant, les vacances estivales pourraient enrayer la machine. En cause : le manque de bras pour faire tourner les sites de vaccination - au nombre de 184 d'après le site du ministère de la Santé. En Ile-de-France, 31 ont ouvert leurs portes (la moitié à l'hôpital et l'autre moitié en ambulatoire), dont 19 à Paris. En fonction du nombre de cas recensés au sein des territoires, les moyens mis en place par les départements varient. En Mayenne, la campagne va démarrer le 16 août, alors qu'un premier cas de variole du singe a été confirmé par l'Agence régionale de santé des Pays de la Loire au début du mois.

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Au-delà de la logistique, certains praticiens, à l'instar du professeur Gilles Pialoux, chef du service des maladies infectieuses et tropicales à l'hôpital Tenon, sur Franceinfo, craignent que les populations précaires se retrouvent écartées du système de vaccination. La faute aux campagnes de prévention qui ne cibleraient pas assez ce public déjà éloigné des établissements de santé. "Il faut aller vers eux", commente Corentin Hennebert qui salue, cependant, les messages de prévention s'affichant désormais sur les applications de rencontre.

En guise de réponse, l'exécutif assure préparer ses capacités pour gonfler le nombre de vaccinations de façon importante "si jamais cette maladie s'étendait à la population générale". De leurs côtés, les associations déroulent un plan d'attaque : pour garder le contrôle sur l'épidémie, elles réclament la vaccination de toutes les personnes cibles d'ici au 23 septembre, soit dans les six prochaines semaines.

"Se calquer" sur la vaccination Covid-19

Pour parvenir à un tel résultat, elles appellent au déploiement de l'expérimentation dans les pharmacies. Le 9 août, cinq officines ont été chargées de tester la vaccination en France, pendant deux semaines, en Ile-de-France, dans les Hauts-de-France et en Provence-Alpes-Côte d'Azur. "Il faut aller plus vite. En termes de logistique et d'expérience, je pense que les pharmacies sont prêtes après l'épidémie de Covid-19", estime Corentin Hennebert. À noter que l'enjeu logistique est de taille : le vaccin doit être conservé par boîte de 20 doses à -50 ou -80°C, et reste valable quatorze jours lorsqu'il est à l'air libre.

Pour cet ancien malade du Monkeypox, il faut "se calquer" sur la campagne de vaccination contre le coronavirus. "Parmi les problèmes qui remontent, certains rendez-vous de vaccination ne sont pas honorés. Pourquoi ne pas mettre en place un système comme Vite ma Dose ?", s'interroge-t-il.

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Afin de donner un coup de fouet à la campagne, les organisations demandent également la mobilisation de grandes organisations - comme La Croix-Rouge - et la multiplication des initiatives d'ampleur. Samedi 6 août, la ville de Lille avait organisé une opération exceptionnelle pour se faire vacciner sans rendez-vous. "Il faut aller plus vite dans la lutte contre la variole du singe", avait indiqué le 3 août, la maire de Lille Martine Aubry.

En plus de sa lenteur, l'opacité de la machine vaccinale est questionnée. Trois mois après avoir détecté le premier cas de variole du singe en France, le nombre de personnes vaccinées chaque jour n'est toujours pas rendu public. "Il est temps de mettre en place un OpenData (une base de données publique, NDLR) afin de communiquer de manière transparente le nombre précis de cas et de vaccinés", avait lancé Guillaume Rozier, le 10 août dernier sur Twitter. Quelques jours auparavant, un collectif de 200 personnalités politiques, associatives et citoyennes, exigeait dans une tribune publiée sur le site du Huffington Post une commission d'enquête sur la stratégie gouvernementale face à l'épidémie de Monkeypox. De quoi se demander si les leçons du Covid-19 ont bien été tirées.