Deux morts en Espagne, un décès en Inde, un autre au Brésil et un au Pérou. Pour la première fois, cinq décès provoqués par la variole du singe, ou Monkeypox, ont été enregistrés hors d'Afrique, où la maladie est endémique et a été détectée pour la première fois chez l'homme en 1970. Au total, dix décès sont à déplorer à travers le globe pour le moment - mais aucun, à ce stade, en France. Selon le dernier bilan de Santé Publique France, mardi 2 août à midi, 2 239 cas ont été recensés, dont une majorité (1 375) signalés en Île-de-France. Au total, 45 personnes ont été hospitalisées, dont 37 pour complications liées à la variole du singe.
Une augmentation du nombre des décès en lien avec la variole du singe est à prévoir, a estimé le 30 juillet le Bureau régional de l'OMS pour l'Europe, après l'annonce des premiers décès hors d'Afrique. "Compte tenu de la poursuite de la propagation de la variole du singe en Europe, nous nous attendons à plus de décès", a déclaré dans un communiqué Catherine Smallwood, une responsable des situations d'urgence de l'OMS Europe. "La notification des décès liés à la variole du singe ne change pas notre évaluation de l'épidémie en Europe. Nous savons que, bien que spontanément résolutive dans la plupart des cas, la variole du singe peut entraîner de graves complications", a-t-elle relevé.
Deux souches du Monkeypox, dont une plus dangereuse
Souvent, la maladie se guérit d'elle-même, sans nécessiter de traitement. "C'est un virus bénin dans la plupart des cas. ll peut entraîner des complications mortelles mais c'est rare", précise à L'Express Yannick Simonin, virologiste et spécialiste des virus émergents. Lui aussi s'attend à l'avenir, avec la hausse des cas, à "une augmentation du nombre de décès" à travers le globe.
Une telle situation est d'autant plus envisageable que l'une des deux souches répertoriées du Monkeypox, issue de l'Afrique centrale, présente un "taux de mortalité estimé entre 6 et 11%", indique le virologiste Hervé Fleury, professeur émérite au CNRS et à l'université de Bordeaux. L'autre souche, provenant d'Afrique de l'ouest, est moins mortelle : entre 1 et 3%. C'est cette dernière qui se diffuse dans toute la planète. "Pour l'instant, le sous-type Afrique centrale n'a pas été identifié hors d'Afrique. Rien ne nous dit à l'heure actuelle qu'il pourrait se propager hors d'Afrique, mais ce n'est pas impossible", avance Yannick Simonin.
Hervé Fleury explique que des scientifiques japonais travaillant en biologique fondamentale ont pratiqué des tests sur des singes il y a une vingtaine d'années afin de comparer les deux souches africaines. Les résultats de leur étude ont montré que si la souche ouest-africaine donnait "une variole du singe classique avec une éruption cutanée et une atteinte des ganglions", en revanche "la souche d'Afrique centrale induisait en plus une attaque des poumons, du tube digestif et de l'appareil génito-urinaire". "Si celle-ci se diffusait dans le monde, beaucoup plus de décès seraient alors à enregistrer", met-il en garde.
Pneumonies, encéphalites... Des complications parfois graves
Concernant les cinq décès enregistrés fin juillet et début août, tous ne semblent pas - pour l'heure - directement liés à la variole du singe. Le défunt brésilien, un homme âgé de 41 ans, était immunodéprimé avec de lourdes comorbidités. Il est décédé d'un choc septique, d'après O Globo. Même chose pour la victime péruvienne, âgée de 45 ans, qui avait arrêté son traitement contre le VIH. En Espagne, en revanche, les deux malades seraient morts d'une encéphalite associée à la variole du singe, rapporte El Pais. Enfin, l'Indien, âgé de 22 ans, "n'avait pas de symptômes de variole du singe et a été admis à l'hôpital avec des symptômes d'encéphalite et de fatigue", a indiqué le 31 juillet la ministre de la Santé du Kerala, Veena George, citée par le quotidien Indian Express.
Les malades atteints par la variole du singe peuvent développer des pneumonies, c'est-à-dire des inflammations respiratoires sévères et des encéphalites (des inflammations du cerveau). Des "surinfections bactériennes potentiellement très graves" peuvent également survenir, "mais quand le patient est pris en charge de façon suffisamment précoce, on peut lui prescrire des antibiotiques qui améliorent considérablement son état", détaille Yannick Simonin.
Les personnes immunodéprimées ont un risque plus élevé de faire des formes graves du Monkeypox, mais également "les jeunes enfants et les femmes enceintes, dans la mesure où le virus peut potentiellement se transmettre au foetus", précise le virologiste. Et d'ajouter : "Des adultes en bonne santé peuvent eux aussi potentiellement faire des complications graves voire mortelles, mais c'est extrêmement rare". "Une personne jeune et en bonne santé n'a pas de raison de mourir du Monkeypox", souligne Hervé Fleury.
Son collègue Yannick Simonin prévient toutefois que "si dans les semaines et mois à venir la propagation du virus n'est pas contrôlée" et que les personnes les plus fragiles viennent à être infectées en raison de cette "diffusion plus large" de la variole du singe, "alors les risques d'avoir des cas graves et mortels seront plus importants".
Le virologiste rappelle par ailleurs que plus un virus "circule dans l'environnement et plus il y a des risques qu'il accumule des mutations". "C'est un virus à ADN et non à ARN, comme le Covid-19. Ce type de virus a tendance à moins muter que les virus ARN et il est donc plus stable. Cependant une étude récente a montré que la variole du singe circulant actuellement en Europe a plus évolué qu'attendu par rapport au virus circulant en Afrique, et a donc déjà muté." En clair, la priorité est "d'essayer de limiter rapidement la propagation du virus afin d'éviter qu'il mute et qu'il devienne plus contagieux ou plus virulent", insiste Yannick Simonin. "Il y a peu de risque que le virus évolue sur le plan génétique car il mute peu, mais c'est tout de même à surveiller", abonde Hervé Fleury.
