Une plus petite piqûre pour un plus grand effet... et de plus grandes irritations ? L'Agence Européenne des médicaments (EMA) a autorisé, vendredi 19 août, une nouvelle technique d'injection du vaccin contre la variole du singe. Elle promet d'immuniser davantage de personnes avec une dose moindre, et d'ainsi prévenir d'une éventuelle pénurie. Au risque de voir plus de vaccinés contracter des lésions à cause de la piqûre. Explications.
En France, 2 889 cas de variole du singe ont été recensés depuis le début de l'épidémie. Cette maladie, auparavant limitée à l'Afrique centrale et de l'ouest et qui provoque d'importantes et douloureuses éruptions cutanées, progresse un peu partout en Europe. Pour limiter la diffusion de l'épidémie, les autorités sanitaires européennes ont autorisé l'usage d'un vaccin déjà éprouvé pour la variole, appelé Imvanex.
En raison de la similitude des deux virus, elles ont approuvé l'extension de l'utilisation de l'Imvanex le 22 juillet, en précisant que l'injection devait être sous-cutanée, donc profonde. Cette décision a déclenché une ruée mondiale vers ce vaccin, désormais le seul autorisé contre cette maladie. Rien qu'en France, plus d'1,5 millions de doses ont récemment été commandées, selon le JDD. Le sérum est efficace, mais son approvisionnement reste "limité", reconnaît de son côté l'EMA.
Des doses "limitées"
Face à ce manque de ressource, et pour éviter de vacciner inutilement, la plupart des autorités de santé nationale ont défini un public cible (homme ayant des rapports sexuels avec des hommes, à partenaires multiples, ou travailleurs du sexe) chez qui il est urgent de proposer le vaccin contre la variole du singe, plutôt que de l'ouvrir à tout le monde. Selon les dernières données américaines, 98% des cas concernent des hommes, et 93% des hommes disant avoir eu des contacts sexuels avec d'autres hommes.
En France, "plus de 30 000" personnes ont déjà reçu une dose, a indiqué la semaine dernière le ministre de la Santé, François Braun. La cadence augmente mais reste trop faible aux yeux des associations LGBT+, alors que près de 40% des cas font l'objet de complications, selon une étude publiée dans la revue scientifique The Lancet. Un cinquième des malades détectés ont d'ailleurs été hospitalisés, d'après une autre analyse parue dans la revue NEJM.
La semaine dernière, les associations françaises ont donc appelé à passer la vitesse supérieure. "Au rythme actuel, toutes les personnes éligibles" seront vaccinées seulement "fin décembre, et avec une seule dose", déclarait dans un communiqué conjoint, Act-Up Paris, AIDES, Sidaction et le syndicat des travailleurs du sexe STRASS. La variole du singe reste peu mortelle mais douloureuse, et ses effets ne sont pas tous connus.
Pour éviter la pénurie, les pays européens peuvent désormais administrer le vaccin Imvanex juste sous la couche supérieure de la peau (en intradermique) et non plus en profondeur (en sous-cutané), comme c'est le cas actuellement. Cette technique utilise une dose plus faible de vaccin et produit la même immunité, pour seulement un cinquième de la dose. Cette méthode est autorisée aux États-Unis depuis le 9 août, alors que le pays considère l'épidémie comme une urgence de santé publique.
Moins de sérum, plus de problèmes de peau
La commissaire européenne Stella Kyriakides a souligné, vendredi, que cette autorisation était une décision "extrêmement importante car elle permet de vacciner cinq fois plus de personnes avec les stocks de vaccins dont nous disposons" actuellement. "Cela garantit un meilleur accès à la vaccination pour les personnes à risque et les professionnels de santé", a-t-elle ajouté dans un communiqué.
Pour l'affirmer, l'institution se base sur un essai clinique impliquant environ 500 adultes et comparant les deux types d'injection. "Les personnes recevant le vaccin par voie intradermique ont reçu un cinquième (0,1 ml) de la dose sous-cutanée (0,5 ml) mais ont produit des niveaux d'anticorps similaires à ceux des personnes ayant reçu la dose sous-cutanée plus élevée", a expliqué l'EMA. Reste que cette technique présente un inconvénient majeur : avec l'injection intradermique, le risque d'irritation de la peau est "plus élevé", a averti l'organisme de surveillance basé à Amsterdam (Pays-Bas).
Dans l'essai clinique réalisé en 2015, les personnes ayant reçu l'injection intradermique actuellement autorisée étaient deux fois plus nombreuses à contracter des réactions locales modérées à sévères, et 1,6 fois plus nombreuses à subir des rougeurs et un durcissement de la peau au niveau de la piqûre. Certains effets indésirables sont durables : 30% des patients ayant bénéficié de la nouvelle technique ont une décoloration de la peau au niveau du site d'injection pendant plus de 6 mois. En attendant une disponibilité accrue de doses, les autorités ont donc jugé que le vaccin apportait toujours plus de bénéfices que de risques, alors que la variole du singe peut, elle, laisser d'importants cratères sur tout le corps. Voire entraîner le décès.
