Si le monde lutte contre la pandémie de Covid-19 depuis plus d'un an, d'autres épidémies n'ont pas disparu. Le combat continue notamment contre le VIH, virus du Sida, qui perd peu à peu du terrain. Plusieurs bonnes nouvelles ont en effet émergé ces derniers jours.

Selon l'ONU, des dizaines de pays ont ainsi rempli et dépassé les objectifs fixés en 2016 pour tenter de faire reculer la circulation du virus. Aux Etats-Unis, le nombre d'infections au VIH a chuté ces quarante dernières années de 73%. En France, une demande de longue date des associations qui luttent contre le VIH a été honorée par le gouvernement qui ouvre à tous les médecins la possibilité d'initier le traitement préventif dit PrEP destiné aux personnes séronégatives afin qu'elles ne soient pas infectées.

Tous les médecins pourront lancer le traitement préventif PreEP en France

Cette décision sera appliquée en France à partir du 1er juin, a indiqué vendredi le ministre de la Santé, Olivier Véran. Avant cette date, la première prescription de ce traitement ne pouvait être faite que par des médecins de services hospitaliers qui prennent en charge le VIH, ou dans un centre gratuit de dépistage et de diagnostic (CeGIDD). Le médecin traitant ne pouvait que renouveler l'ordonnance.

Pris en comprimés, ce traitement de Prophylaxie pré-exposition (PrEP) à base d'anti-rétroviraux permet de prévenir une contamination par le VIH lors de rapports sexuels sans préservatif.

"Aujourd'hui plus de 30 000 personnes sont sous PrEP mais ce n'est pas suffisant pour casser les chaînes de nouvelles contaminations et faire baisser puis disparaître l'épidémie", a souligné le ministère de la Santé dans un communiqué. Ce nombre d'utilisateurs n'apparaît guère éloigné de celui de juin 2020.

En outre, "la crise sanitaire COVID-19 a mis en évidence la chute de l'activité de dépistage du VIH (- 10%) et des IST (MST, NDLR) bactériennes (- 6%) en 2020, et la diminution du recours à la PrEP", note le ministère.

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"Le Covid-19 ne doit pas faire oublier les autres épidémies, à commencer par celle de VIH. Le déploiement de la PrEP en ville est une demande de longue date des associations que nous honorons aujourd'hui", selon le ministre, qui s'est dit "sûr" que cette décision aura "un impact important sur les contaminations". L'association AIDES avait déploré en particulier la trop faible proportion de femmes (3%) sous PrEP.

Si le principe avait été annoncé en décembre, à l'occasion de la journée mondiale de lutte contre le sida, l'engagement est tenu un peu plus tard que prévu. A l'époque, Olivier Véran avait déclaré devant l'Assemblée : "les médecins libéraux pourront bientôt, c'est l'affaire de quelques semaines, prescrire en primo-prescription cette fameuse PrEP".

Aux Etats-Unis, le nombre annuel d'infections au VIH a chuté de 73% entre le pic des années 1980 et 2019

Le nombre annuel de nouvelles infections au VIH a chuté de 73% entre le pic des années 1980 et 2019 aux Etats-Unis, selon une nouvelle étude des autorités sanitaires du pays publiée jeudi. La proportion de personnes issues des minorités noire ou latino a cependant augmenté au sein du nombre total d'infections annuelles, souligne cette analyse des Centres de prévention et de lutte contre les maladies (CDC).

La principale agence fédérale de santé publique du pays a publié son premier rapport sur ce qui était alors un nouveau et mystérieux virus, il y a près de 40 ans, le 5 juin 1981. "La baisse est due au travail et à la collaboration depuis des décennies entre scientifiques, patients, militants, et population", a affirmé la directrice des CDC Rochelle Walensky dans un communiqué.

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Elle y raconte son expérience en tant que jeune médecin à Baltimore, sur la côte Est américaine. Au plus fort de l'épidémie, "tout ce que j'avais à donner à mes patients était ma main tendue et ma présence auprès de leur lit", se remémore-t-elle. Ce n'est qu'au milieu des années 1990 que les premiers traitements hautement efficaces ont été approuvés.

Les Etats-Unis comptent quelque 1,2 million de personnes vivant avec le virus d'immunodéficience humain, ou VIH, dont environ 13% ne le savent pas.

Selon la nouvelle étude des CDC, le nombre annuel de nouvelles infections est passé de 20 000 en 1981 à un pic de 130 400 en 1984 et 1985. Le chiffre s'est ensuite stabilisé entre 1991 et 2007, avec environ 50 000 à 58 000 nouvelles infections annuelles, puis a réduit ces dernières années, avec 34 800 infections en 2019.

Mais au cours de la période, les disparités entre les différentes populations se sont accrues. La proportion de nouvelles infections annuelles au VIH a augmenté de 29 à 41% pour les personnes noires parmi le nombre total de nouvelles infections, et de 16 à 29% pour les personnes hispaniques.

Des dizaines de pays ont atteint ou dépassé les objectifs de l'ONU

Quarante ans après l'apparition des premiers cas de sida, des dizaines de pays ont atteint ou dépassé les objectifs fixés par l'Assemblée générale des Nations unies en 2016, s'est réjouie jeudi l'ONU, qui reste prudente.

Grâce en grande partie à la démocratisation de la thérapie antirétrovirale, les morts dues au sida ont chuté de 43% depuis 2010 pour atteindre 690 000 en 2020, selon un rapport de l'Onusida, l'agence spécialisée de l'ONU.

Des progrès ont également été réalisés dans la réduction des nouvelles infections, mais ils ont été plus lents. Ils ont reculé de 30% en dix ans, avec 1,5 million de personnes nouvellement infectées par le virus en 2020. "Il faut faire plus", a lancé la directrice exécutive de l'Onusida, Winnie Byanyima, en conférence de presse, disant s'attendre à une hausse des cas en raison de la pandémie de Covid-19 qui perturbe l'accès aux services de santé.

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Pour l'instant, au moins 40 pays sont en voie de réaliser une réduction de 90% de la mortalité liée au sida d'ici à l'année 2030, y compris neuf pays situés en Afrique de l'Est et du Sud.

Le rapport ne donne pas de statistiques par pays, mais montre que les morts liées au sida ont diminué dans le monde depuis 2010, sauf en Europe de l'Est et en Asie centrale où les infections ont également bondi sur la même période. Elles ont également légèrement progressé au Moyen-Orient/Afrique du Nord et en Amérique latine.

En 2016, des objectifs ont été fixés par l'Assemblée générale de l'ONU pour 2020 dans le but d'éradiquer le sida d'ici à 2030. Cinq ans plus tard, des dizaines de pays ayant des caractéristiques épidémiologiques et économiques diverses ont atteint ou dépassé plusieurs de ces objectifs, montrant qu'"il est possible de maîtriser une pandémie qui semblait presque incontrôlable il y a 20 ans", explique l'Onusida.

Un meilleur accès aux soins

En finir avec le sida d'ici 2030 est possible si les gouvernements réduisent "les inégalités qui empêchent les gens d'accéder aux services de santé", en matière de prévention et traitement, a expliqué Winnie Byanyima, se disant "prudemment optimiste".

En 2020, quelque 690 000 décès provenant de causes liées au sida ont été enregistrés, soit une diminution de 55% de 2001 à 2020, relève le rapport, publié à la veille de la cinquième session de haut niveau sur le sida que l'Assemblée générale tiendra les 8 -10 juin.

Le rapport montre que "les pays dotés de lois et de politiques progressistes et de systèmes de santé forts et inclusifs ont obtenu les meilleurs résultats contre le VIH". Dans ces pays, les personnes vivant avec le VIH ont de meilleures chances d'avoir accès à des services efficaces de lutte contre le virus, y compris son dépistage, l'accès à un traitement médical préventif et à des soins de qualité, et à la délivrance d'un traitement pour plusieurs mois.

"Les pays très performants ont ouvert la voie à d'autres, a souligné Winnie Byanyima. Leur financement adapté, l'implication véritable des communautés, leurs approches multisectorielles et fondées sur les droits, ainsi que l'utilisation de données scientifiques pour guider les stratégies ciblées ont inversé le sens de l'épidémie et sauvé des vies".

Parmi les 37,6 millions de personnes vivant avec le VIH dans le monde en 2020, l'Onusida estime que 27,4 millions étaient sous traitement - soit un chiffre qui a plus que triplé depuis 2010, mais qui est en deçà de l'objectif 2020 de 30 millions. L'agence a récemment de nouveaux objectifs pour 2025. En y parvenant, les services de lutte contre le VIH seront fournis à 95% des personnes qui en ont besoin, les infections annuelles seront réduites à moins de 370 000 et les décès à moins de 250 000.

Dans le monde, près de 32 millions de personnes sont décédées de maladies liées au Sida depuis le début de l'épidémie.