La crise sanitaire n'a pas endigué le mouvement à l'oeuvre depuis plusieurs années, il a même contribué à son accélération. En 2020 plus de 5700 lits d'hospitalisation complète ont été fermés, selon une étude du ministère de la Santé publiée ce mercredi. Le mouvement n'est pas nouveau (depuis 2013 le nombre de lits d'hospitalisation complète n'a cessé de chuter, passant d'un peu plus de 413 000 à près de 387 000 en 2020), mais la crise sanitaire semble avoir accéléré la dynamique.
Entre fin 2019 et fin 2020, le nombre de lits a baissé d'1,5 %, une chute "un peu plus marquée" que les années précédentes (-0,9 % par an en moyenne), souligne la Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques (DRESS). Avec les déprogrammations et les tensions sur les services de réanimation, certains établissements ont été contraints de ne plus accepter de patients dans plusieurs de leurs services d'hospitalisation pour dégager des moyens en personnel. "Enfin, pour limiter la contagion, de nombreuses chambres doubles ont été transformées en chambres simples, réduisant là aussi le nombre de lits d'hospitalisation complète disponibles en fin d'année", ajoute l'étude.
Après la première vague de l'épidémie de Covid-19, Olivier Véran s'était engagé à mettre fin au "dogme" des réductions des capacités des établissements. Mais la politique d'un développement plus important des hospitalisations en ambulatoire, et d'une réduction des lits conventionnels, semble s'être poursuivie. 1 369 places d'hospitalisation "de jour" ont été ouvertes en 2020, portant leur nombre total à 80 089. "Il y a un choix politique depuis une quinzaine d'années de réduire les hospitalisations complètes (celles de plus de 24 heures), et de développer les hospitalisations partielles, ou en ambulatoire. C'est une tendance longue qui a su satisfaire un besoin mais qui, développée à l'excès a des aspects pervers. Notamment parce qu'elle contraint certains patients à revenir à l'hôpital en cas de complications, et qu'elle amène à se reposer sur le secteur privé", regrette Nathalie Coutinet, maîtresse de conférences en économie au Centre d'économie de l'université Paris-Nord, spécialiste de l'économie de la santé.
Forte augmentation des lits de réa
Ces fermetures s'observent également à travers la réduction du nombre d'établissements de santé sur le territoire. La France compte désormais moins de 3 000 hôpitaux et cliniques selon le dernier comptage de la Dress. "Sous l'effet des réorganisations et des restructurations, 25 établissements publics et privés ont fermé l'an dernier, indique-t-elle. "Ce travail de réorganisation de l'offre de soin qui s'est orienté vers le développement de grands groupes hospitaliers, n'a pour autant pas absorbé tous les lits qui ont fermé, et cela entraîne des difficultés pour certains patients situés dans des déserts médicaux", commente Nathalie Coutinet.
De l'autre côté, le nombre d'hospitalisation à domicile a connu une "croissance particulièrement vive" de 10,8 %, soit 21 276 patients "pouvant être pris en charge simultanément sur le territoire", relève l'étude. Là encore l'épidémie peut avoir joué un rôle : "dans cette période de tension hospitalière, les établissements de santé ont pu accentuer leur recours à l'hospitalisation à domicile, notamment pour des patients non concernés par la Covid-19".
Enfin la crise sanitaire se voit également sur le nombre de lits de réanimation, qui a fortement varié au gré des vagues de Covid, et qui a terminé l'année en hausse de 14,5% (soit environ 6 200). Les très fortes tensions hospitalières observées durant l'épidémie ont également amené des structures ne faisant pas de réanimation à devoir se transformer. Ainsi l'augmentation observée par la Dress résulterait pour moitié de l'augmentation des capacités d'accueil des établissements déjà équipés en 2019, mais également, pour l'autre moitié, de l'ouverture de lits de réanimation dans 63 établissements qui n'en disposaient pas du tout avant la crise. Ces lits toutefois ne devraient pas systématiquement être pérennisés. Des autorisations dérogatoires pour l'activité de réanimation ont été délivrées depuis mars 2020, afin de faire face à l'épidémie. Ils pourraient retrouver la qualification de lits de soins de surveillance continue (qui ne relève pas directement de la réanimation), ou de l'hospitalisation conventionnelle.
