C'est un "phénomène à la dynamique explosive". Encore marginales au cours des années 2000, le nombre de pénuries de médicaments a subi "une forte croissance au début de cette décennie et connaît, ces dernières années une augmentation des plus préoccupantes" alerte l'UFC-Que Choisir dans une étude publiée ce lundi.

Face aux réponses jugées déficientes des laboratoires, l'association réclame des mesures à l'Etat. D'autant plus prégnantes depuis le début de la pandémie de coronavirus, ces pénuries et tensions d'approvisionnement ont subi une forte croissance depuis une décennie, passant de 405 pénuries en 2016 à presque trois fois plus en 2019.

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Plus précisément, pour donner une idée de l'ampleur du phénomène, 44 références de médicaments étaient en rupture de stock ou d'approvisionnement en France en 2008, 900 en 2018, et 1200 en 2019. En 2020, nouveau bond : 2400 ruptures devraient être constatées, "six fois plus qu'il y a quatre ans", note l'étude, citant l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM). Une situation d'autant plus alarmante que ces pénuries concernent des médicaments dits d'intérêt thérapeutique majeur (MITM), "pour lesquels une interruption de traitement peut être susceptible de mettre en jeu le pronostic vital des patients".

UFC-Que Choisir déplore le fait que les laboratoires pharmaceutiques mettent en place "une stratégie de rationalisation à tout prix des coûts qui fragilise la chaîne du médicament", et n'apportent des solutions que "rarement à la hauteur des enjeux sanitaires". Ainsi, dans 30 % des situations, les industriels renvoient vers un autre médicament, alors que "les substitutions peuvent entraîner des effets secondaires plus importants, ou nécessiter un temps d'adaptation à la nouvelle posologie, particulièrement pour les patients âgés", selon l'UFC. Dans 12 % des cas, les producteurs orientent "vers des solutions de derniers recours", comme la diminution de la posologie.

Des médicaments génériques, très peu chers

L'association souligne par ailleurs que ces pénuries ne touchent que rarement les molécules récentes les plus onéreuses. Sur la liste des 140 médicaments signalés en rupture de stock et en tension d'approvisionnement par l'ANSM au 15 juillet 2020, les médicaments indisponibles sont prioritairement des produits anciens (75 % sont commercialisés depuis plus de 20 ans) et peu coûteux (les trois quarts coûtant moins de 25 euros). Dans le détail, les produits les plus concernés sont les antibiotiques, les médicaments anticancéreux, les traitements contre la maladie de Parkinson, les antiépileptiques, les antihypertenseurs, les bêtabloquants et les antiarythmiques. Il n'existe d'ailleurs pas d'alternatives pour 18 % d'entre eux.

L'association de consommateurs déplore également la réponse des pouvoirs publics, notant que seules deux sanctions ont été prononcées par l'ANSM pour rupture de stock contre des laboratoires en 2019. "Ce phénomène incontestablement a pu être aggravé par le Covid, mais en aucun cas n'a été créé par le Covid. C'est vraiment un problème lié à la structure économique du marché du médicament", avait expliqué en septembre le Pr Axel Kahn, président de la Ligue contre le cancer. On a parlé de pénuries d'anesthésiques pendant la crise du Covid, mais le cancer et les pénuries de médicaments pour son traitement ont été oubliés, déplorait-il.

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Avec 1499 médicaments contre le cancer signalés en difficulté ou rupture d'approvisionnement auprès de l'Agence du médicament ANSM, "l'année 2019 atteint un record avec 34 fois plus de pénuries signalées qu'en 2008", avait souligné la Ligue, qui se bat de longue date contre ce fléau car ces signalements n'épargnent pas la cancérologie (concernée par 22% des signalements en 2017).

Sont essentiellement touchés des médicaments génériques, très peu chers, mais importants en cancérologie. La Ligue réclame notamment des sanctions financières contre les laboratoires qui n'assumeraient pas l'approvisionnement, ainsi que l'information des malades concernés et leur recensement et des études mesurant leurs pertes de chances.

De son côté, UFC-Que Choisir plaide pour plusieurs mesures, dont l'obligation pour les laboratoires de constituer "des stocks suffisants pour répondre aux besoins des usagers du système de santé pour l'ensemble des médicaments d'intérêt thérapeutique majeur". Elle réclame en outre le développement d'une production publique de médicaments, "à même d'assurer la fabrication continue de ceux délaissés par les laboratoires".