La fédération du médicament (Leem) a réitéré, à l'occasion d'une conférence de presse ce mercredi, son inquiétude par rapport au retard pris dans l'Hexagone en termes d'autonomie sanitaire, appelant les pouvoirs publics à "repositionner la France aux avant-postes de la production pharmaceutique".

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Le pays est en effet passé de la première place - de 1995 à 2008 - à la 4e place à l'échelle européenne dans la production de médicaments (en valeur, avec 21 milliards d'euros produits) derrière la Suisse, l'Allemagne et l'Italie. Le Leem pointe en outre un déficit d'attractivité sur les nouveaux produits innovants. Dans le détail, 22% des médicaments remboursés par l'Assurance maladie en France sont fabriqués sur le territoire, 30% des génériques, et 27% des vaccins, pour seulement 3% des anticorps monoclonaux.

"La crise a révélé un certain nombre de faiblesses, en particulier que notre secteur était dépendant, sur un certain nombre de médicaments, d'une concurrence internationale très forte", a souligné Frédéric Collet, le président de l'organisation, lors de cette conférence de presse. Une situation "délicate, pas irréversible", fait valoir la fédération, qui table sur dix propositions déclinées en trois axes pour garantir une souveraineté sanitaire.

Investir pour rester compétitif

Le Leem martèle tout d'abord la nécessité d'investissements pour améliorer la compétitivité de l'outil industriel, via notamment un dispositif de sur-amortissement des investissements productifs, avec une déduction d'impôt pour moderniser les sites.

La fédération "propose d'adapter la fiscalité pour en faire un outil de renforcement de la production sur le sol national et un levier de relocalisation de la production de certains principes actifs et de produits finis", précise-t-elle, ajoutant vouloir "la mise en oeuvre de politiques de filières par classes thérapeutiques stratégiques en vue de la relocalisation de leur production".

Sécuriser l'approvisionnement

Deuxième axe : sécuriser l'approvisionnement, alors que la question des pénuries revient très régulièrement sur le devant de la scène. Le Leem demande à ce titre la fixation d'un prix plancher pour les médicaments matures, "dont la soutenabilité d'approvisionnement européen n'est plus assurée pour des raisons économiques".

Mais aussi un marquage d'origine "sur les conditionnements des médicaments" pour valoriser la production européenne, et l'introduction d'une clause de critère d'origine dans les appels d'offre hospitaliers lorsqu'il existe une production européenne. L'ensemble passe par un renforcement des liens avec l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), pour travailler "à la flexibilité et à la polyvalence des moyens de production".

Accélérer la production de biomédicaments

Enfin, il faut accélérer la production de biomédicaments, ces médicaments - comme les anticorps monoclonaux ou les vaccins -, dont le principe actif fait appel à une source biologique, contrairement à la chimie de synthèse, plaide l'organisation. Avec notamment la création d'un statut de "jeune entreprise productrice de biothérapies innovantes".

Cela passera aussi par une adaptation de la réglementation, et par la mise au point d'un fonds d'investissement dédié à la bioproduction, souligne le Leem, qui propose en outre la création "d'une task-force pluridisciplinaire pour adapter la réglementation des biothérapies au regard des innovations".