Inefficaces, et même dangereux. Selon une vaste étude publiée jeudi dans la revue médicale britannique The Lancet, la plupart des médicaments antidépresseurs n'ont pas plus d'effets que des placebos sur les enfants et les adolescents souffrant de dépression majeure.
Risque accru de pensées suicidaires?
Menée par un groupe international de chercheurs, l'étude a passé en revue 34 essais portant sur plus de 5000 enfants et adolescents âgés de 9 à 18 ans et 14 médicaments antidépresseurs. Au final, seul un médicament, la fluoxétine (commercialisée notamment sous le nom de Prozac), s'est montré plus efficace qu'un placebo pour traiter les symptômes d'une dépression. Elle a également été mieux tolérée que les autres antidépresseurs. La venlafaxine est de son côté associée à un risque accru de pensées suicidaires.
Les chercheurs reconnaissent cependant que la véritable efficacité et les risques d'effets indésirables graves de ces médicaments restent dans l'ensemble mal connus en raison de la faiblesse des essais cliniques existants. C'est notamment le cas des pensées ou comportements suicidaires liés aux antidépresseurs.
"Les antidépresseurs ne semblent pas offrir un bénéfice évident chez les enfants et les adolescents", concluent les auteurs de l'étude, qui ajoutent que "la fluoxétine est probablement la meilleure option quand le traitement médicamenteux est indiqué".
5,6% des adolescents souffrent de dépression
En France, c'est le seul médicament autorisé pour traiter la dépression chez l'enfant et l'adolescent, rappelle Le Monde. Avec cette étude, les chercheurs confirment un "consensus" concernant le traitement de la dépression, souligne le journal, à savoir que la psychothérapie reste le traitement de référence.
"L'approche psychologique ou relationnelle" est "plus efficace sur le long terme", a d'ailleurs indiqué à l'AFP le professeur Daniel Marcelli, vice-président de la Société française de psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent, qui a participé à l'élaboration des recommandations françaises.
Pourtant, plusieurs études ont relevé une augmentation de l'utilisation des antidépresseurs pour traiter les enfants et adolescents, relève Le Monde. Au Royaume-Uni, les jeunes prenant ce type de médicaments auraient ainsi augmenté de 0,7 à 1,1% entre 2005 et 2012.
Selon des estimations citées par l'étude publiée dans The Lancet, 2,8% des enfants de 6 à 12 ans et 5,6% des adolescents souffrent de troubles dépressifs majeurs dans les pays développés. Un chiffre qui pourrait être sous-estimé, compte tenu de la difficulté à diagnostiquer la pathologie.
