Un vaccin contre "la maladie du baiser"', telle est la bonne nouvelle qu'annoncent les chercheurs en cette fin d'année. Quand on sait que le virus responsable de cette maladie (de son nom technique, la mononucléose infectieuse) est celui-là même qui a été isolé chez les malades atteints du lymphome de Burkitt, une variété africaine de cancer, l'affaire prend tout de suite une autre dimension.

La mononucléose en elle-même n'est pas une maladie négligeable. Elle donne une forte fièvre, suivie d'une angine caractéristique et de gonflement des ganglions. La formule sanguine est très altérée, avec une énorme prolifération d'une variété de globules blancs, les mononucléaires. Il ne s'agit pas d'une leucémie pour autant : l'affection est généralement bénigne, mais elle laisse très fatigué, quelquefois pour plusieurs mois. C'est, avec l'hépatite à virus, une des maladies les plus asthéniantes.

Elle se transmet par le contact direct des muqueuses buccales, et c'est à la pratique extensive du "necking" - le flirt à l'américaine - qu'il faut attribuer les ravages qu'elle exerce sur les campus universitaires aux Etats-Unis.

Responsabilité

On a découvert de façon absolument fortuite qu'un virus était à l'origine de la maladie. Première étape : deux chercheurs anglais, M. A. Epstein et J. M. Barr, découvrent dans le lymphome de Burkitt, ce cancer voisin de certaines formes de leucémies, un virus qu'ils baptisent de leurs initiales : E.b.v. (v pour virus).

La découverte paraît à l'époque énorme. L'E.b.v, est considéré d'emblée comme un candidat possible à la qualité de virus leticémogène. D'énormes crédits sont affectés à des recherches plus poussées le concernant. On croyait tellement à cette hypothèse que le Dr Franck J. Rauscher, virologue au National Cancer Institute, proposait, lors d'un congrès à Paris, en 1967, de faire porter aux chercheurs qui manipulaient ce virus un badge sur lequel serait écrit "dangereux".

On devait s'apercevoir rapidement que c'était non pas la leucémie qu'ils risquaient de contracter, mais, plus banalement, l'anodine mononucléose. Une laborantine qui ne l'avait jamais eue (des analyses de sang en témoignaient) tomba malade en travaillant sur l'E.b.v., dans le laboratoire des Drs Werner et Gertrude Henle, à Philadelphie. Elle présentait une mononucléose très caractéristique. Ses patrons songèrent aussitôt à incriminer l'E.b.v. Ils purent établir son entière responsabilité.

Celle-ci est, à ce jour, si parfaitement démontrée, qu'une autre équipe américaine, celle du biologiste James T. Grace, du Roswell Park Memorial Institute de Buffalo, Etat de New York, a entrepris la fabrication d'un vaccin qu'elle espère obtenir prochainement.

Si un programme de vaccination en masse est réalisé sur une grande partie de la population, souligne la revue américaine Business Week, il sera intéressant de voir dans l'avenir si le taux des cancers et des leucémies est le même chez les vaccinés et les non-vaccinés. Dans la mesure où le virus E.b.v., déjà incriminé dans le lymphome de Burkitt, est retrouvé dans certains cancers des voies nasales et peut-être dans d'autres types de cancers, l'éventualité d'une protection plus large que vis-à-vis de la mononucléose n'est pas exclue.