Les signes encourageants sont bel et bien là. L'épidémie de variole du singe continue de ralentir dans le monde entier, même si des nouveaux cas apparaissent dans certains pays jusqu'ici épargnés, comme l'Egypte et l'Ukraine. Selon le tableau de bord de l'OMS qui répertorie tous les cas confirmés, il y avait à la date du 7 septembre 54 709 cas et 18 décès enregistrés dans 125 pays dont 98% en Europe et en Amérique du Nord.
Selon les derniers chiffres donnés par Santé Publique France, publiés le 15 septembre, 3898 cas confirmés de Monkeypox ont été recensés en France, soit 113 cas supplémentaires depuis le bilan du 8 septembre. L'épidémie marque le pas : alors que près de 500 cas par semaine étaient détectés au début de l'été, seulement un peu plus d'une centaine le sont désormais. Pourtant, les autorités craignaient l'effet de l'été, avec ses grands rassemblements.
Comment expliquer cette diminution assez franche du nombre de cas de Monkeypox ? Pour le virologiste Yannick Simonin, spécialiste des virus émergents à l'Université de Montpellier, la raison principale est "probablement la campagne d'information et de communication autour de la variole du singe". "Les autorités et les médias ont à juste titre beaucoup parlé de cette épidémie. Du coup, les populations les plus exposées ont été très largement sensibilisées et cela a probablement abouti à une diminution des comportements à risques, avec davantage de prudence et de dépistage", détaille-t-il auprès de L'Express.
En revanche, selon Yannick Simonin, la vaccination n'a pas joué un rôle majeur dans la baisse continue du nombre de cas détectés observée depuis plusieurs semaines, même si "l'on manque de recul" encore sur cette question : "On peut écarter un effet massif de la vaccination car la campagne a démarré relativement tard et nous n'avons pas assez de retours sur l'efficacité vaccinale après une voire après deux doses."
La part des femmes contaminées, une donnée à "surveiller de près"
Pour le moment, l'épidémie est restée plutôt circonscrite aux hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes. Ainsi, la très grande majorité des cas confirmés adultes recensés à ce jour sont de sexe masculin et 86 cas (2,2%) sont de sexe féminin, précise Santé Publique France dans son dernier point de situation. Par ailleurs, 9 cas chez des enfants de moins de 15 ans ont été déclarés.
Dans son précédent point d'information daté du 12 septembre, Santé Publique France précisait que "parmi l'ensemble des cas confirmés déclarés en semaine 36, 12,9% étaient des femmes, contre 5,7% en semaine 35, 7,5% en semaine 34 et 5,8% en semaine 33. Même si "ces données doivent être interprétées avec prudence" en raison d'un faible nombre de cas détectés chez les femmes, cette donnée est toutefois "à surveiller de près" souligne Yannick Simonin, qui s'interroge : "Est-ce les prémices d'une diffusion un peu plus générale de la variole du singe ?"
Le virologiste appelle à "rester prudent" et "à ne pas crier victoire trop tôt". "Le virus circule toujours et un relâchement des comportements, avec moins de vaccinations et moins de dépistages, pourrait favoriser la diffusion plus large du virus et pourrait potentiellement alimenter une reprise épidémique", met-il en garde. Il ajoute : "Nous ne sommes pas encore dans une situation où l'on peut dire que tout est sous contrôle."
"On constate une baisse des doses injectées donc nous avons probablement atteint les personnes les plus demandeuses d'être vacciné. Et si les cas baissent comme actuellement, la vaccination va peut-être patiner", note ce spécialiste des virus émergents. En outre, la campagne de vaccination "a un rôle important à jouer sur le temps longs" afin de contrôler l'épidémie, rappelle-t-il. "Plus il y aura de vaccinations, notamment sur les populations les plus à risques, et plus l'on va réduire les risques du maintien de l'épidémie au sein de ces populations."
Le risque de réservoir animal
La variole du singe n'a pas encore révélé tous ses mystères. Le spécialiste des virus émergents à l'Université de Montpellier rappelle ainsi que "l'on ne sait pas encore si le virus se transmet par l'acte sexuel en lui-même ou par le contact prolongé au cours de l'acte sexuel". "Si c'est un virus qui se transmet sexuellement, alors il est présent dans le liquide séminal ou dans les sécrétions vaginales et cela veut donc dire que des personnes qui n'auraient pas ou peu de symptômes pourraient potentiellement le transmettre."
Si la variole du singe "n'est pas connue comme étant une maladie avec un pourcentage important d'asymptomatiques", là encore, les spécialistes manquent de données fiables sur ce point pourtant important pour mieux connaître et ainsi mieux maîtriser la dynamique de transmission. "La part d'asymptomatiques joue-t-elle un rôle dans la dynamique de transmission du virus ? Nous n'avons pas encore de réponses claires", résume Yannick Simonin.
Autre "source de vigilance et d'inquiétude" des autorités sanitaires : la question du réservoir du virus dans la population animale. Même si, actuellement, "la transmission est interhumaine", rappelle le virologiste, la variole du singe peut aussi bien se transmettre de l'homme à l'animal que dans le sens inverse. "Plus le virus circule et plus il y a un risque que les animaux soient infectés", rappelle Yannick Simonin. "Les animaux domestiques pourraient potentiellement transmettre la variole aux animaux sauvages ce qui ferait alors un réservoir du virus dans la population animale et ce qui pourrait lui permettre de devenir endémique", explique-t-il. Un scénario inquiétant, peu probable, mais que l'on ne peut pas écarter.
