Des bras, des budgets, du tri : la "mission flash" sur les soins non programmés a remis ce jeudi 30 juin à la Première ministre Elisabeth Borne ses 41 propositions pour surmonter un été "à haut risque" dans les services d'urgences, en raison de la pénurie de personnel, selon le projet de rapport que l'AFP s'est procuré. Cette mission, commandée fin mai 2022 par Emmanuel Macron pour limiter les dégâts aux urgences, a été confiée au président de l'association Samu-Urgences de France, François Braun. Il avait recensé mi-mai au moins 120 services contraints de limiter leur activité ou s'y préparant.
L'ordonnance du Dr François Braun est donc désormais dans les mains de la cheffe du gouvernement. Le Dr François Braun a présenté ce document de 60 pages lors d'une "réunion de travail" à Matignon, en présence de la ministre de la Santé en sursis Brigitte Bourguignon, de l'Assurance maladie et de la fédération d'associations de patients France Assos Santé.
La cheffe du gouvernement doit maintenant arbitrer parmi ces 41 recommandations censées "faciliter la gestion de cette période estivale à haut risque", qui n'épargne pas les grands CHU comme à Bordeaux, Toulouse et Grenoble. Une grève illimitée "symbolique" a démarré mardi 28 juin parmi les soignants au CHU de Bordeaux, l'un des plus gros de France, pour demander des embauches et des augmentations de salaires.
"Avant de vous déplacer, appelez"
Pour sauver ce qui peut l'être, alors que 22 millions de passages aux urgences ont été enregistrés en 2021, la "mission flash" préconise de "réguler les admissions", soit avec un "triage paramédical à l'entrée" des urgences, soit par une "régulation médicale préalable systématique" par le standard téléphonique du Samu. Le rapport suggère même de limiter par endroits l'accès aux seules "urgence vitales", en particulier la nuit, cette "suspension d'activité partielle" devant permettre de "mutualiser les moyens de plusieurs services sur un seul site".
L'embolisation des urgences tient aux entrées nombreuses mais aussi à la difficulté d'en sortir. L'objectif est donc de faciliter la sortie des patients. Pour cela, comme le dévoile Le Figaro, le rapport préconise la mise en place obligatoire de "bed managers" (personnes chargées de rechercher les lits disponibles) dans tous les établissements ayant un service d'urgence et une organisation de la gestion des lits à l'échelle du territoire sous la responsabilité de l'Agence régionale de santé (ARS). Il recommande aussi d'améliorer le recours à l'hospitalisation à domicile (HAD). Une grande campagne d'information sur le mode "avant de vous déplacer, appelez" est souhaitée en parallèle, de même qu'une "mise à niveau des effectifs" d'assistants de régulation médicale (ARM) pour absorber la hausse à prévoir des appels au 15.
Comme le rapporte Le Figaro, le document préconise également de créer en ville, que ce soit en cabinet ou en maison de santé, une alternative complète et attractive. Pour cela, il faut optimiser le temps médical et augmenter les capacités de réponse à la demande de soins non programmés en ville. Cela suppose de faciliter l'activité des médecins retraités ou le cumul d'activité titulaire / remplaçant.
D'autres efforts budgétaires sont demandés pour mieux payer les médecins libéraux à la régulation (à hauteur de 100 euros brut de l'heure "défiscalisés") et en consultation (avec une majoration de 15 euros par acte demandé par le Samu). Idem pour les personnels hospitaliers, avec une revalorisation du travail de nuit et des ponts du 14 Juillet et du 15 Août, ainsi qu'une prime pour les équipes des urgences psychiatriques, pédiatriques et gynécologiques. Autant de pistes assorties "d'indicateurs d'impact", afin de décider à la rentrée "de la poursuite ou de l'abandon de ces mesures".
Comme le mentionne Le Figaro, c'est bien une refonte en profondeur que demande le Dr François Braun, mettant en place une collaboration équilibrée entre la ville et l'hôpital ."Notre système de santé doit changer de paradigme, être dédié à la réponse aux besoins de santé et non plus à l'organisation d'une offre de soins concurrentielle, coûteuse et inadaptée", conclut-il.
