C'est un sigle explosif, un sujet controversé: l'AMP, l'assistance médicale à la procréation, sous ses diverses formes, pose des questions scientifiques, philosophiques, éthiques, juridiques et économiques, âprement discutées en France, plus encore depuis qu'Emmanuel Macron, pendant la campagne présidentielle, a promis la procréation médicale assistée à toutes les femmes, comprendre célibataires et homosexuelles.

Quel est l'état de la recherche, où en sont les politiques, la société, les différents comités et commissions chargés de plancher sur ces questions, à quoi peut-on s'attendre, en matière de diagnostic pré-implantatoire ou de gestation pour autrui, les deux techniques les plus contestées, mais déjà appliquées dans d'autres pays, européens notamment? L'Express tente de répondre à cette question cette semaine, dans son dossier sur la "nouvelle fabrique des bébés". Stéphanie Benz y a largement contribué. Elle répond aux questions de Voix Express.

LIRE AUSSI >> La nouvelle fabrique des bébés

Les questions que nous avons posées à Stéphanie Benz

L'Express aborde cette semaine en couverture un sujet inflammable, l'AMP, l'assistance médicale à la procréation, qu'on peut résumer en deux autres sigles, plus évocateurs, la PMA, la procréation médicalement assistée, et la GPA, la gestation pour autrui. Sujet inflammable, sujet d'une rare complexité, puisqu'il mêle naturellement la médecine et la science, mais aussi la politique, la loi, la philosophie, l'éthique et... l'argent, qu'il ne faut pas négliger, les perspectives économiques n'étant pas les moins prometteuses dans ce dossier. "Jusqu'où sommes-nous prêts à aller pour offrir à ceux qui le souhaitent le bonheur d'avoir un enfant" ? C'est la question définitive, la seule qui vaille finalement, que pose Stéphanie Benz, qui avec l'aide d'Elise Karlin, Claire Chartier, Anna Benjamin, Virginie Skrzyniaz et Emilien Ton, a mené cette enquête. Bonjour Stéphanie, une question qui n'a rien à voir pour commencer : uniquement des femmes pour écrire sur la procréation. Le sujet ne concerne pas les hommes ?

  • Je le disais, ce que vous appelez "la nouvelle fabrique des bébés" est un sujet à tiroir. On va commencer par l'essentiel : la recherche. En matière de PMA, de procréation médicalement assistée, pour commencer, on parlera de la GPA plus tard, où en est-on ?
  • Peut-on dire qu'aujourd'hui, si on veut une enfin, techniquement, on peut ?
  • C'est un des chiffres qui m'a surpris dans votre enquête : le taux de réussite de ces méthodes de procréation assistée est encore très bas...
  • L'un de vos interlocuteurs le dit : "ça reste un parcours du combattant".
  • Il concerne qui, pour l'essentiel ?

Ça ne pose pas de problème juridique, pour les cas pathologiques, en gros un couple hétérosexuel dont l'un des deux, ou les deux membres souffrent d'une insuffisance physiologique...

  • Ça devient plus compliqué pour les couples homosexuels, ou pour les célibataires...

Je le disais, le débat est houleux, entre les partisans d'une aide à la procréation quasiment sans limite et ceux qui ne veulent rien changer, ou en tout cas pas grand-chose. Deux conceptions qui s'affrontent : le droit à l'enfant et le droit de l'enfant. C'est aussi tranché ?

  • Agnès Laurent l'écrit à propos de la GPA dans un des articles du dossier : les positions sont irréconciliables. C'est vrai pour la GPA, c'est assez vrai, si j'ai bien compris, pour l'ensemble des nouvelles techniques d'assistance à la procréation : il y a une fracture nette, en France, sur ces sujets...
  • Dans le débat entre Jacques Testard, le père du premier bébé-éprouvette, et le juriste Daniel Borillo, ce dernier défend l'idée que celui qui décide, dans ces affaires, c'est l'individu libre et informé. Ça paraît de bon sens et pourtant ça n'est pas aussi simple...
  • Il y a un aspect politique : pendant sa campagne, Emmanuel Macron avait promis la PMA pour toutes. Il a été élu, et depuis, ça patine...
  • Certains de ses ministres ou des membres de sa majorité sont revenus en arrière. On sait pourquoi ? Lui-même a changé d'avis ?

On va parler de la GPA pour terminer, qui, plus encore que les autres techniques, est un énorme sujet de polémique, pour une raison, notamment : la marchandisation, la commercialisation des corps et des gamètes. C'est un gros enjeu financier, l'assistance à la procréation ?

  • En France, les trois principes qui président aujourd'hui à l'assistance à la procréation, c'est l'anonymat, l'anonymat des donneurs ou des mères porteuses par exemple, la gratuité et le volontariat. Ce n'est pas le cas dans tous les pays...
  • De nombreux couples ou de nombreux individus s'expatrient pour avoir des enfants. La France ne mène-t-elle pas, dès lors, un combat d'arrière-garde perdu d'avance ?
  • L'un des autres sujets de débat explosif, c'est l'eugénisme. Aujourd'hui, d'un strict point de vue technique, on pourrait déjà construire des enfants sur mesure ?
  • L'une des témoins rencontrées par les journalistes de L'Express qui a acheté le sperme d'un donneur sur internet, explique qu'elle a choisi un donneur qui a fait des études supérieures. C'est effrayant, non ?

Est-ce qu'on pourrait imaginer une exception française, qui associerait les techniques de pointe, déjà utilisées dans d'autres pays, et des règles éthiques strictes, ce que certains partisans de la GPA appellent une GPA éthique ?