Par peur de se retrouver seule pendant le confinement, Marguerite a préféré quitter Paris pour rentrer chez ses parents, en Charente-Maritime. Premier jour de restrictions ce mardi, marqué par les retrouvailles avec son "premier amour", habitant dans la même ville. "On était tellement subjugués de se revoir... on a parlé sans s'arrêter, on aurait pu discuter des heures pour rattraper tout ce qu'on ne s'était pas dit. On a ri de cette situation qui nous rassemblait. Il m'a dit de rester chez moi protégée, en souriant qu'il rêverait que je sorte encore et encore pour le voir", confie l'étudiante de 19 ans.
Un cocktail de romantisme, d'insouciance et sans doute d'inconscience. Car le mot d'ordre, pour reprendre les mots du ministre de l'intérieur : "restez chez vous !" Alors qu'une attestation de déplacement est désormais nécessaire, elle reconnaît avoir "enfreint un peu les règles pour marcher incognito dans la rue avec lui." L'astuce : "prétendre être frère et soeur."
"Crash Test"
D'autres ont dû s'adapter dans leur vie amoureuse. Et de façon inattendue, certaines relations ont franchi une nouvelle étape grâce au coronavirus. C'est le cas de Lara, 24 ans : "Les événements ont précipité les choses. On s'est dit avec mon copain : on s'installe ensemble, c'est plus simple", explique cette Lyonnaise. Emménagement express. Qui se résume pour le moment à "deux gros ordinateurs", pour la nouvelle vie professionnelle en télétravail.
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"Ça va être un crash test", confie Marine, 25 ans. Depuis maintenant plus d'un an, c'est "le big love" avec son copain. Alors lundi soir, en rentrant du travail, cette Parisienne l'a appelé pour l'aider à prendre ses valises avant de se rendre chez lui. Pause sur la route pour voir le discours d'Emmanuel Macron, à travers la vitre d'un kebab. Puis l'hibernation, sans transgression des règles. "Son appart fait 35m2 donc on y est bien, on est raccord sur les questions d'hygiène et de rangement, on est déjà partis en vacances ensemble", explique-t-elle, optimiste. Encore faut-il que le confinement ne s'éternise pas : "Deux semaines, je n'appréhende pas trop... mais si ça se prolonge, il y a moyen que ça provoque des engueulades spectaculaires. On a tous les deux un caractère assez sanguin. Surtout moi."
"Le confinement va être rude. C'est un accélérateur de toutes les dynamiques de la relation, y compris des tensions déjà présentes", prévient Véronique Kohn, psychologue, psychothérapeute, spécialiste des relations de couple et auteure de Quel(s) amoureux êtes-vous ? (éditions Tchou). "On a besoin de se distraire avec monde extérieur : travail, loisirs, etc. Ca permet de retourner à la relation avec un peu de respiration. Là, ce n'est plus possible. Soit cela va souder, renforcer les liens, soit les dissoudre." Plus dramatique : "on peut parier sur le fait qu'il va y avoir de la violence conjugale".
Carnet de bord et playlist
Pour Antoine et Lise, la trentaine, ce sera un confinement chacun de son côté, sans se voir, afin de respecter les règles sanitaires. Grâce à un peu de créativité et romantisme, le coronavirus est loin d'être un tue-l'amour pour le couple. "On a décidé de s'écrire, tous les jours, dans un carnet de bord, ce qu'on ressentait, ce qu'on faisait de notre journée. Histoire de tuer le manque de l'autre. Et de se le donner à la fin de tout ça, et de tout lire ensemble. On s'est dit aussi qu'on s'enverrait une photo de nous par jour." Cerise sur le gâteau : une playlist commune sur Spotify, avec "les chansons qui nous font penser à l'autre."
En cette étrange période, ce pourrait être en effet bientôt le retour - et le triomphe - des bonnes feuilles de papier et des mots doux écrits à l'encre. "Le confinement tombe mal... Je viens de passer 4 jours avec une personne. On pensait se revoir weekend prochain mais évidemment ce n'est pas possible. Alors on va reprendre la discussion virtuelle, et aussi s'adapter," explique Margaux, 20 ans. Nouveau rituel : s'envoyer des lettres manuscrites, les deux aimant écrire et disposant dorénavant de plus de temps libre.
Succès des applications de rencontre ?
Dans tous les cas, c'est certainement un mauvais moment pour les célibataires, qui auront du mal à faire de nouvelles rencontres. Sur la célèbre application de rencontres Tinder, certains en plaisantent : "recherche partenaire de quarantaine", peut-on lire sur de nombreux profils. Depuis le début du mois, des messages de prévention sont envoyés aux utilisateurs, pour éviter les risques de contamination.
Pour autant, pas de quoi s'inquiéter pour les professionnels du secteur, car le confinement a des conséquences inattendues sur la hausse du trafic. "En France, on est à plus 15/20% d'utilisateurs journaliers depuis ce weekend. Avec les mesures plus strictes, peut-être que ce sera comme en Italie, où on a 40% de trafic en plus", détaille Clémentine Lalande, fondatrice et CEO de Once.
Le mot d'ordre, en cette crise sanitaire, est néanmoins "restez chez vous". Un communiqué sera envoyé aux utilisateurs dans la soirée : "Prenez le temps de matcher. Qui se cache derrière votre match du jour ? Peut-être il ou elle égaiera votre journée confinée ? Prenez aussi le temps de vous décrire dans votre profil. (...) Prévoyez vos premiers rendez-vous "virtuels" via vidéo. Repousser la rencontre IRL... pour l'instant", est-il écrit. L'application travaille aussi sur de nouvelles fonctionnalités adaptées à la situation, déployées dans les prochaines semaines.
"Cette période va aggraver les problèmes liés à la solitude, les angoisses, la dépression", souligne la psychologue Véronique Kohn. Et par conséquent, selon elle, valoriser encore plus "l'idéal du couple, l'histoire du couple éternel, la croyance en l'amour qui permet de supporter tous les obstacles". Et aussi aggraver les tensions préexistantes dans les couples. Quelles seront les courbes des naissances et des divorces après cet épisode ?
