Ils sont en première ligne dans la lutte contre Ebola et le paient lourdement. Depuis mars, 427 soignants ont été contaminés par le virus, 236 sont morts (sur les 4493 décès totaux reportés). Ce sont eux également qui sont concernés par des cas contractés dans les pays occidentaux: une aide-soignante en Espagne et deux infirmières aux Etats-Unis qui avaient traité dans leur pays des malades d'Ebola, contaminés en Afrique. Qu'en est-il de la France? Après un cas suspect --depuis écarté-- concernant une infirmière qui avait soigné la volontaire de MSF, faut-il craindre un scénario à l'américaine ou à l'espagnol?
Information mais pas formation
Le gouvernement affirme que la France est parée pour faire face à Ebola. Documents, protocole, réunions... L'information circule à l'hôpital. Mais il manque des formations, nuance un médecin urgentiste parisien qui veut garder l'anonymat. Il pointe du doigt un "vrai problème de sécurité des soignants". "On est parés pour les malades, le trajet du patient est bien codifié. Mais pour ce qui est du personnel soignant, pour le moment, nous n'avons pas eu de formation spécifique notamment à l'habillage et au déshabillage à l'APHP", regrette-t-il. Or, on sait qu'un des aspects les plus délicats intervient au moment de retirer la combinaison de protection. C'est à ce stade que le risque de transfert d'une petite quantité sur la peau est le plus élevé. En théorie, une personne qui a peur ou qui pense avoir contracté le virus doit appeler le 15 et limiter au maximum les contacts. Dans les faits, les urgences restent un réflexe en cas de problème pour de nombreux Français.
"Il y a plein de risques de fautes tant que l'on n'a pas acquis les automatismes et les réflexes. On ne fait bien que ce que l'on fait régulièrement", poursuit ce soignant qui suit le dossier Ebola depuis plusieurs mois. Dans son établissement, le matériel vient à peine d'arriver. Résultat selon lui, "il existe une vraie crainte du personnel médical et paramédical. A juste titre. On risque d'être des vecteurs de contamination si nous sommes nous-même infectés."
Un son de cloche qui rejoint l'inquiétude des infirmiers. Un syndicat national d'infirmiers, le SNPI CFE-CGC, a regretté que le personnel hospitalier français ne soit pas assez informé des précautions à prendre lors de la prise en charge de malades d'Ebola. "C'est arrivé dans ces deux pays, pourquoi pas chez nous?", s'interrogeait en début de semaine le secrétaire général Thierry Amouroux en évoquant le personnel soignant touché par Ebola aux Etats-Unis et en Espagne.
France, Espagne, Etats-Unis: "Incomparable"
"Il faut veiller à ce que la réponse dans les hôpitaux ne soit pas disproportionnée par rapport à la situation. A l'heure actuelle, là où il faut concentrer les efforts, c'est en Afrique de l'Ouest", estime de son côté le médecin urgentiste Patrick Pelloux qui rappelle que les 13 cas suspects connus pour l'instant sur le territoire français ont tous été écartés. Pour le président de l'Association des médecins urgentistes, on ne peut pas raisonner par rapport aux cas de contamination américain et espagnol. "Ces deux pays n'ont pas le système de santé que nous possédons en France. C'est incomparable. Les hôpitaux espagnols ont par exemple connu des plans d'économie drastiques." L'établissement madrilène dans lequel l'infirmière espagnole était hospitalisée avait ainsi connu une réduction de 12% de son personnel en 2013.
Contactés, le ministère de la Santé et l'APHP n'ont pas donné suite.
