Face au risque que le nombre de cas d'Ebola se multiplie en Occident, les mesures de contrôles aux aéroports sont scrutées à la loupe. L'Europe a annoncé ce jeudi qu'elle allait vérifier l'efficacité des contrôles au départ des trois pays touchés par l'épidémie: le Liberia, la Sierra Leone et la Guinée.
La France souhaite aller plus loin: mercredi, elle a annoncé la mise en place d'un dispositif de contrôle sanitaire sur son propre territoire, à l'arrivée des vols des pays à risques. En Europe, seule la Grande-Bretagne le fait.
Dès samedi, quelque 200 contrôles devraient être effectués à Roissy, sur les passagers du vol quotidien en provenance de Conakry, en Guinée. Il s'agira de prendre la température des passagers et de les soumettre à un questionnaire pour évaluer s'ils ont pu être en contact avec un porteur de la maladie. Dans le cas où un passager présenterait une température supérieure à 38 degrés et aurait pu se rendre dans une zone à risque, il sera pris en charge.
Ce dispositif est-il efficace pour éviter la propagation de l'épidémie en France ou permet-il seulement de rassurer la population? Pour des scientifiques de la London School of Hygiene and Tropical Medicine, il n'y a aucune preuve d'efficacité: au Canada, lors de l'épidémie de SRAS, la prise de température couplée aux questionnaires dans six aéroports a mené à l'étude de 467 870 cas. 95 personnes ont été vues par les services de santé et aucun cas ne s'est révélé positif. Le coût a été évalué à 12 millions d'euros. Selon leurs calculs, compte tenu du temps d'incubation d'Ebola et de la durée de vol, seuls 7% des personnes infectées par le virus pourraient être détectées à l'arrivée.
Seuls les trajets directs sont concernés
Dans le cas du virus Ebola, l'OMS a mis en garde contre ce type de mesure, prévoyant que cela pourrait donner un "faux sentiment de sécurité". "La prise de température des voyageurs ne stoppe de toute façon que ceux qui ont des symptômes à ce moment. Ces symptômes peuvent se déclarer après le passage de la douane et l'entrée sur le territoire", a souligné une responsable de l'organisation. La période d'incubation du virus est en effet de 21 jours maximum.
Par ailleurs, ces contrôles ne prennent pas à en compte les correspondances ou les entrées sur le territoire par la route ou le train. Sur France Info, Christelle Martin, la secrétaire générale de Force Ouvrière Aéroport de Paris, exprimait ses doutes: "Ils ciblent les vols arrivant des pays où il y a des foyers mais on a quand même beaucoup de correspondances -notamment par Bruxelles- donc si c'est uniquement organisé sur la France ce n'est pas ça qui empêchera la propagation de l'épidémie." Or, aucun consensus ne s'est dégadé sur le territoire européen pour généraliser les contrôles.
Efficacité des contrôles au départ
Une personne n'est contagieuse que si elle ressent les symptômes du virus Ebola, notamment une forte fièvre. D'autres mesures du dispositif sont donc pointées du doigt. Par exemple: si une personne à risque -donc qui a de la fièvre- est prise en charge en arrivant en France, les autres passagers de l'avion sont listés mais ne sont pas placés en quarantaine, souligne Le journal des femmes.
De son côté, Le Figaro évoque l'éventuel manque de sincérité des réponses aux questionnaires. Et de rappeler que le Libérien malade aux États-Unis avait menti en répondant sur son parcours sur place.
Pour Alain Ducardonnet, médecin interrogé par BFMTV, il s'agit surtout d'une opération de communication. Il estime que ce dispositif est "mieux que rien. Cependant le vrai contrôle c'est au départ qu'il doit être effectué parce que les personnes qui sont contagieuses, qui ont de la fièvre, peuvent être stoppées."
