Marisol Touraine l'a encore répété ce vendredi: en France, tout est prêt pour faire face à une éventuelle épidémie d'ebola. Après une première (fausse) alerte ce jeudi à Cergy-Pontoise, suivie d'une autre à l'Hôpital Bichat, la ministre de la Santé tenait une conférence de presse pour faire le point sur l'épidémie. A cette occasion, elle a affirmé sa volonté de "transparence", une "condition absolue de la confiance", et mis en garde contre tout comportement qui "favoriserait l'inquiétude".

Faisant état d'un total de 11 patients testés à ce jour, pour autant de résultats négatifs, Marisol Touraine a assuré que "si un cas était avéré, le public en serait immédiatement informé". Elle a ensuite rappelé que "c'est en Afrique que se situe l'épidémie, c'est en Afrique que nous devons nous battre". L'OMS a annoncé ce vendredi que le virus avait fait plus de 4000 victimes sur le continent.

La ministre a également précisé les procédures prévues par les autorités sanitaires pour faire face à de possibles contaminations.

Elle a en outre annoncé la mise en service d'un numéro vert pour informer le grand public. Le 08 00 13 00 00 sera opérationnel ce samedi à partir de 9h. En attendant, voici ce que l'on sait du protocole prévu pour la prise en charge des patients.

"Tous les médecins seront informés dès aujourd'hui"

Joint par L'Express, un médecin généraliste exerçant en région parisienne explique que lui et ses confrères n'ont à ce jour reçu aucune consigne particulière émanant du ministère ou du Conseil de l'ordre sur la marche à suivre dans l'hypothèse où ils seraient confrontés à un cas suspect. "Ca me semble assez peu normal. Je me suis naturellement mis à jour sur les symptômes à rechercher, mais ont les connaît de toute façon depuis longtemps. En l'état actuel des choses, je procéderai de la même façon que pour une autre maladie infectieuse en contactant le Samu", explique ce médecin.

Le Conseil de l'ordre indique à L'Express que "effectivement, les médecins n'ont pas reçu de protocole à suivre". Une fiche "pratique" a bien été mise en ligne sur le site de la Direction générale de la santé (DGS), mais les inscriptions des médecins sur ce site relevant du volontariat, seule une petite partie d'entre eux a, dans les faits, pris connaissance de ces informations. L'Ordre précise que "pour être certain de toucher tous les praticiens", un groupe de travail a été mis en place avec la DGS et "une note sera envoyée dans les jours qui viennent" à tous les professionnels de la santé. Une information confirmée ce vendredi par Marisol Touraine pour qui "tous les médecins seront informés dès aujourd'hui".

Le Samu, première étape de prise en charge

Contacté par L'Express à la DGS, le docteur Patrick Brasseur qui pilote ce groupe de travail explique que, pour les médecins, le protocole se borne à contacter le Samu. Marisol Touraine a d'ailleurs présisé qu'en cas de fièvre et de doutes, les patients doivent éviter de se rendre chez leur médecin traitant ou au urgences des hôpitaux. Ils sont donc invité à appeler le 15. En l'absence de fièvre, les patients ne sont pas contagieux, a insisté la ministre.

Sur cette base, les services d'urgence vont s'entretenir (par téléphone) avec le patient présentant des symptômes pour affiner le diagnostic initial. En cas de confirmation des soupçons, c'est au tour de l'Institut de veille sanitaire de se pencher sur le cas. "Ils réalisent une enquête épidémiologique en évaluant les symptômes et en retraçant le parcours du patient", explique le docteur Brasseur. Si les soupçons sont corroborés, "ils se mettent en tenue et arrivent" sur le champ explique encore le médecin. Le patient est alors acheminé vers l'hôpital de référence le plus proche habilité à accueillir ce type de patient.

Dans chacun de ces établissements, une douzaine de lits sont prêts à accueillir des patients, révèle encore de docteur Brasseur, "mais ils peuvent monter en puissance selon les besoins réels". Une fois le patient hospitalisé, son cas est traité comme s'il était positif au virus ebola, le temps de réaliser les tests de dépistage. Tous ces tests sont réalisé à Lyon au Centre national de référence des fièvres hémoragiques virales, a indiqué la ministre. "Il faut six à huit heures pour obtenir ces résultats", précise le docteur Brasseur. Durant ce laps de temps, les patients sont confinés dans des chambres à pression négative pour éviter toute contamination nosocomiale. Une fois les résultats des tests connus, un protocole de traitement est éventuellement mis en place. Marisol Touraine fait savoir que trois traitements expérimentaux sont à la disposition des hôpitaux et que "la recherche avance à grands pas et la France y prend toute sa place".

Enfin la ministre a rappelé aux voyageurs "avec force" que "les déplacement vers les pays touchés sont vivement déconseillés". Elle a en outre laissé entendre qu'un renforcement des contrôles au départ comme à l'arrivée pourrait intervenir "dans les jours qui viennent" dans les aéroports.