Le gouvernement vient de dégainer un "plan d'action immédiat" afin de répondre aux difficultés des soignants. Vendredi, près de quatre mille soignants en pédiatrie ont adressé une lettre ouverte à Emmanuel Macron pour déplorer des conditions de travail et une prise en charge inadaptées, résultats d'une "inaction politique irresponsable". Ils ont mis en avant une "perte de sens" dans leur métier, "conséquence de la gouvernance bureaucratique et de la tarification à l'activité, conduisant à un épuisement global et un départ massif des personnels hospitaliers".

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"On déclenche, là où c'est nécessaire, les fameux plans blancs pour rappeler du personnel supplémentaire et pour avoir une meilleure coopération dans les territoires", a détaillé ce dimanche 23 octobre sur CNews le porte-parole du gouvernement, Olivier Véran. Le "plan blanc" contient des mesures d'organisation destinées à faire face à une situation sanitaire exceptionnelle ou une activité accrue d'un hôpital.

Des services "exsangues"

"On a une épidémie de bronchiolite plus précoce que d'habitude qui arrive sur un hôpital à bout de souffle et sur lequel il faut faire un travail de fond", a expliqué le ministre de la Santé François Braun sur BFMTV, annonçant dans la foulée le déblocage de 150 millions d'euros pour l'ensemble des services "en tension" à l'hôpital. L'utilisation de cet argent, disponible "de manière immédiate", sera concertée dans les jours qui viennent avec les agences régionales de santé (ARS) et l'ensemble des parties prenantes, a-t-on précisé dans l'entourage du ministre.

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Selon les signataires de la lettre ouverte au chef de l'Etat, l'épidémie de bronchiolite sature en effet des services déjà "exsangues". Depuis deux semaines, cette maladie respiratoire qui touche les bébés et les conduit parfois à l'hôpital se traduit par "une nette augmentation des passages aux urgences" chez les enfants de moins de deux ans, suivis de davantage d'hospitalisations que l'an dernier, a souligné jeudi la directrice générale de l'agence régionale de santé (ARS) d'Ile-de-France, Amélie Verdier. Le risque d'une saturation des hôpitaux plane : en réanimation pédiatrique, déjà 16 jeunes patients ont dû être transférés hors d'Ile-de-France, aux CHU d'Amiens et de Rouen, notamment.

L'objectif des 150 millions d'euros débloqué est donc de "pouvoir répondre à des besoins urgents", comme des renforts de personnel ou la valorisation de la pénibilité de certains exercices (gardes et travail de nuit, par exemple). Ces mesures urgentes ont "vocation à faire la jointure avec des mesures plus pérennes", promet le gouvernement. "Bien entendu, nous allons prendre en charge tous les enfants qui nécessitent d'aller à l'hôpital", a insisté François Braun, "mais il faut nous aider en évitant d'aller à l'hôpital quand ce n'est pas nécessaire".

"Des pansements sur une jambe de bois"

"Le gouvernement était dans l'obligation de réagir vite mais il y a un vrai problème de fond", a réagi de son côté Isabelle Desguerre, cheffe du service de neuropédiatrie à l'hôpital Necker à Paris, une des signataires de la lettre à Emmanuel Macron. "150 millions, c'est un effet de chiffre. Le problème n'est pas les sous mais reconnaître le statut des soignants, leur donner envie de travailler en hôpital, mettre des vrais ratios soignants par enfant", a-t-elle dit.

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"On explique qu'on veut des réformes structurelles, urgentes et on nous répond par un plan blanc utilisé une fois par an depuis 2019. Le plan blanc, ça veut dire déplacer des infirmières, annuler des congés, ça ne fait que tendre la façon dont on pratique le soin", a abondé Mélodie Aubart, neuropédiatre à l'hôpital Necker-Enfants malades de Paris, également signataire de la lettre ouverte. "On ne peut pas continuer de mettre en permanence des pansements sur une jambe de bois."

Le ministère de la Santé a également promis l'organisation, au printemps, d'"assises de la pédiatrie" qui mettront "autour de la table toutes les parties prenantes concernées afin de travailler sur l'ensemble des difficultés structurelles". Dans leur courrier, les soignants ont dénoncé une série de dysfonctionnements, allant d'hospitalisations d'enfants dans des lieux non adaptés à des transferts éloignés, des reports d'interventions chirurgicales programmées, ou encore des sorties prématurées d'hospitalisation... Autant de dégradations qui ont conduit à "des retards de soins" et à "la mise en danger des enfants".