Le 12 octobre 2022 : cet article a été mis à jour pour insister sur le caractère encore hypothétique du lien entre les nouveaux symptômes évoqués et le sous-variant BQ.1.1.
"On en découvre un peu tous les jours avec cette pandémie", confie Antoine Flahault, directeur de l'institut de santé globale à la faculté de médecine de Genève, en Suisse. Depuis plusieurs jours, le Covid semble prendre une nouvelle forme chez les malades. Outre le traditionnel rhume, et la fièvre qui provoque de la fatigue, certains patients seraient désormais atteints de troubles digestifs.
"En un après-midi, j'ai eu trois patients dans mon cabinet qui se sont plaints de maux de ventre avant de se rendre compte qu'ils étaient positifs au Covid", fait savoir Jérôme Marty, président du syndicat de l'Union française pour une médecine libre (Ufml) médecin généraliste en Haute-Garonne.
Diarrhées, vomissements, maux de ventre, ces nouveaux symptômes pourraient être dus au nouveau variant BQ.1.1. Ce cousin d'Omicron est apparu il y a quelques semaines et semblerait s'attaquer aussi désormais aux muqueuses intestinales. "Le virus mute toujours autant et ce nouveau variant pourrait s'attaquer aux tissus gastriques. Cela est dû à la modification de la structure du virus", explique Yannick Simonin, virologiste et maître de conférences à l'université de Montpellier.
"Ce n'est pas totalement nouveau, rassure Antoine Flahault, au début de l'épidémie en 2020, certains patients avaient des troubles digestifs". Mais Omicron et les variants BA.4 et BA.5, devenus majoritaires, avaient renforcé les symptômes de toux, de pertes d'odorat et de fatigue. "Aujourd'hui, certaines données suggèrent qu'avec le BQ1.1, les maux de ventre deviendraient le symptôme principal", indique Yannick Simonin. En revanche, pas d'inquiétude quant au traitement de ces symptômes, "les patients doivent prendre les médicaments qu'on prend habituellement en cas de troubles digestifs ", indique Jérôme Marty.
Une confusion avec la gastro-entérite
Sans être alarmants, ces nouveaux symptômes, s'ils se confirment, pourraient provoquer un problème de taille dans le suivi de l'épidémie. Alors que l'hiver arrive, et que la circulation des virus va se renforcer en raison de la baisse des températures, les médecins redoutent une confusion avec la gastro-entérite. Avec des symptômes similaires, les patients auront moins le réflexe de se faire tester du Covid pensant avoir une simple gastro. "La perception de cette maladie va peut-être devenir problématique dans le suivi de l'épidémie", indique Yannick Simonin.
"Déjà beaucoup de gens passent sous les radars sans se faire tester, souligne Antoine Flahault. Le risque est que les personnes attendent l'arrivée des syndromes respiratoires comme la toux pour se faire tester et donc qu'ils baissent la vigilance dans les gestes barrières". Selon le chercheur, ce phénomène de confusion pourrait favoriser la multiplication du virus.
D'autant que les cas en Europe et surtout en France augmentent. Selon le site de surveillance des variants Cov Spectrum, le BQ1.1 représentait 6% des nouveaux cas de Covid détectés dans l'Hexagone fin septembre. L'Île-de-France est même à 11% des cas détectés. "C'est la première fois depuis plusieurs semaines qu'un sous-variant augmente à ce point. Il faut le surveiller", indique Yannick Simonin.
Pour lui, les gestes barrières et le port du masque restent l'arme la plus efficace pour éviter les contaminations, même avec ce nouveau variant. "Ce variant se transmet toujours par voies aérosols", abonde Antoine Flahault, "et l'on sait que l'aération et le port du masque sont des moyens très efficaces pour éviter les contaminations".
"Assez peu de recul"
Et les nouveaux vaccins "bivalents" visant à protéger des variants Omicron, BA.4 et BA.5 qui sont actuellement administrés dans la nouvelle campagne de vaccination démarrée le 1er octobre, peuvent représenter un espoir pour combattre ce variant. "Les vaccins augmentent l'immunité. Et tous sont efficaces contre les formes graves" rappelle l'expert.
"Jusqu'à présent, les vaccins inhibent les variants, reconnaît aussi Yannick Simonin. Pour ce variant, nous n'avons pas de signaux d'échappement qui montrerait que l'on peut faire des formes graves malgré la vaccination, c'est encourageant", se réjouit-il. "Finalement, on a assez peu de recul sur ce variant", relève Yannick Simonin. "On ne sait pas encore si le BQ.1. provoque plus d'hospitalisations ou pas", concède aussi Jérôme Marty. Tout comme sa vitesse de transmission, "peut-être est-il encore plus contagieux qu'Omicron, on n'en sait rien", résume Antoine Flahault. Les semaines à venir devraient apporter des réponses aux chercheurs et aux médecins.
