Vers un nouveau médicament contre le Covid-19 ? Alors que les alternatives thérapeutiques sont réduites face à Omicron, qui continue de menacer les plus fragiles, deux centres de recherche suisses ont annoncé mercredi la découverte d'un nouvel anticorps prometteur contre le coronavirus.
P2G3, de son nom scientifique, montrerait "une activité neutralisante très puissante contre tous les variants préoccupants du SARS-COV-2, y compris les sous-variants d'Omicron" sur les singes, lorsqu'il est utilisé en prévention, s'est félicité le Centre Hospitalier Universitaire Vaudois (CHUV) dans un communiqué.
"Cette découverte ouvre donc la voie à de nouvelles applications thérapeutiques en tant que médicament destiné à protéger les personnes à risque, notamment immunodéprimées", a déclaré l'organisme de recherche, cosignataire avec l'Ecole Polythechnique Fédérale de Lausanne de l'étude adossant cette découverte, publiée dans la revue Nature Microbiology.
Concrètement, P2G3 est une molécule qui possède la capacité de s'accrocher à la protéine "Spike" du virus, ce qui l'empêche d'infecter les cellules du singe. Et peut-être de l'homme. Des essais cliniques doivent débuter en août, selon Heidi News, alors que la plupart des anticorps monoclonaux sur le marché ou en développement ont perdu en efficacité avec l'apparition de nouvelles souches du coronavirus.
Pour arriver à ces résultats, les scientifiques ont d'abord isolé l'anticorps à partir d'un donneur précédemment infecté et vacciné deux fois, puis ils l'ont injecté à deux singes avant de les exposer au SARS-CoV-2, plus précisément à un sous-variant d'Omicron (BA.1). Les chercheurs ont ainsi démontré une "protection complète", acquise grâce à P2G3, là où les quatre singes n'ayant pas bénéficié du traitement sont tombés malades.
Peu d'anticorps résistent aux variants
L'étude démontre par ailleurs l'efficacité de P2G3 associé à un autre anticorps à spectre large, "P5C3", précédemment identifié par les groupes du CHUV et de l'EPFL. "Cette combinaison largement active a le potentiel d'être un excellent cocktail d'anticorps anti-SARS-CoV-2 contre tous les variants actuels du SARS-CoV-2" a déclaré le CHUV par communiqué.
Des résultats prometteurs, mais qui restent très préliminaires. "Ils sont plutôt intéressants mais je crains qu'ils n'offrent pas de solutions thérapeutiques générales rapides", a déclaré à l'Express Morgane Bomsel, immunologiste à l'Institut Cochin et chercheuse au CNRS.
Des études doivent être menées sur les nouveaux sous-variants BA.4 et BA.5 d'Omicron, qui ont émergé après ces expérimentations. Les chercheurs ont espoir que P2G3 fonctionne également sur ces souches, alors que seul le Bebtelovimab, actuellement réservé aux Etats-Unis, maintient son efficacité contre ces virus.
"Cette découverte n'a cependant pas vocation à remplacer la vaccination, qui reste le moyen le plus efficace de se protéger contre l'infection", précise le centre hospitalier vaudois. Reste qu'un traitement efficace pourrait notamment soulager la population immunodéprimée. Entre 50 000 et 300 000 patients seraient éligibles en France à la prescription d'anticorps, mais seulement 20 000 demandes de prescription avaient été acceptées mi-mai, notamment en raison de la perte d'efficacité de ceux sur le marché.
