A quelque chose, malheur est bon... Les allergologues semblent vouloir donner raison à cet adage. Alors que, Covid oblige, le port du masque passe peu à peu dans les moeurs, ces médecins spécialistes des allergies souhaitent en profiter pour changer durablement les habitudes de leurs patients. Car, disent-ils, se couvrir le visage leur permettrait de diminuer de façon significative les symptômes désagréables dont ils sont victimes à chaque printemps. Les explications de Frédéric de Blay, chef de pôle de pathologie thoracique aux Hôpitaux universitaires de Strasbourg et président de la Fédération française d'allergologie.
Les allergies aux pollens sont-elles plus importantes ce printemps ?
D'une année sur l'autre, la longueur de la saison pollinique et le volume de pollens de graminées, de bouleau, de hêtre ou de cyprès présents dans l'air s'avèrent très variables. Il semble effectivement que ce printemps soit plutôt propice aux allergies aux pollens de graminées. Les remontées du réseau de médecins sentinelles spécialisés indiquent que les patients sont beaucoup plus symptomatiques que les années précédentes. Pour ce qui concerne la quantité de pollens présents dans l'environnement, les concentrations semblent importantes dans l'Ouest de la France en particulier. Moins dans le reste du pays, mais on sait que les conditions météorologiques jouent beaucoup, et qu'elles ont été très favorables, avec beaucoup de soleil et de vent ces dernières semaines.
L'épidémie de covid a-t-elle été particulièrement difficile à vivre pour les patients atteints d'asthme ou d'allergies respiratoires ?
Nous l'avons craint un moment, avant de nous rendre compte que seuls les 10% de patients atteints d'asthme sévère se trouvaient plus à risque que la moyenne de faire une forme grave de Covid. Pour les autres, comme pour tous les patients souffrant d'allergies respiratoires d'ailleurs, le risque s'est avéré équivalent à celui de la population générale. En revanche, la Fédération française d'allergologie souhaite rebondir sur une des conséquences de l'épidémie : la généralisation du port du masque dans notre pays. Nous espérons que ce sera l'occasion pour les allergiques de le porter plus fréquemment. L'allergie est en effet une maladie environnementale, et la prévention des symptômes peut passer par ce type de mesures très pratiques.
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Puisqu'il faut de toutes façons mettre un masque dans les espaces confinés, les lieux de regroupement et les transports en commun pour se protéger du virus, nous avons un message simple à destination de cette population : qu'ils en profitent pour l'adopter aussi quand ils se trouvent à l'extérieur. Nous le recommandons particulièrement aux allergiques lors de promenades à la campagne, de déplacement à pied prolongé, lors de la tonte du gazon, du jardinage ou de stations prolongées à l'extérieur. Et l'hiver prochain, les asthmatiques auraient intérêt à continuer à le porter, pour se protéger des virus hivernaux qui aggravent leur pathologie.
Existe-t-il des études démontrant une diminution des symptômes grâce au port du masque ?
Nous savons que les masques chirurgicaux bloquent les virus, qui sont portés par des particules de l'ordre de 3 à 5 microns. Les pollens, eux, font de 10 à 30 microns, donc il est évident qu'un masque les bloquera. Cela n'empêchera pas la conjonctivite, mais cela diminuera forcément les autres symptômes, comme les rhinites, la toux, etc, puisque l'exposition aux allergènes sera moindre. Les patients auront également moins besoin de traitements. Malheureusement, il n'y a encore jamais vraiment eu d'études à ce sujet, car les fabricants n'ont pas les moyens de prendre en charge ce type de recherche, contrairement aux industriels du médicament. De façon générale, les travaux portant sur la prévention sont beaucoup plus difficiles à faire financer, alors qu'il serait bon que les pouvoirs publics s'y intéressent.
Quel type de masque recommandez-vous ?
En priorité les masques chirurgicaux. Mais à défaut, les masques en tissu peuvent se montrer utiles aussi. Notamment ceux fabriqués selon les modèles validés par l'Afnor, à condition bien sûr que la trame de l'étoffe ne soit pas trop lâche.
Pourquoi les allergologues n'encourageaient-ils pas jusqu'ici leurs patients à porter un masque ?
Tout simplement parce que le port du masque en France n'était pas passé dans les moeurs. C'est une question culturelle. Maintenant qu'il n'est plus regardé avec méfiance par la population, nous pensons que le moment est idéal pour inciter les allergiques à adopter ce geste préventif. D'autant qu'avec la fin de ce premier pic épidémique, le prix des masques va sûrement baisser. Se protéger de cette façon ne devrait donc pas être trop coûteux pour les malades, pour un bénéfice important sur leurs symptômes.
