75% de réussite dans le traitement de la dépression avec la kétamine. C'est le résultat d'une étude menée par des scientifiques de l'université de Melbourne, en Australie. "Ce sont des résultats surprenants", explique le neuroscientifique Graham Barret, qui travaille sur la dépression depuis 30 ans, rapporte ABC. "Il n'y a pas 100 pour 100 de réussite, des personnes ne répondent pas à la kétamine, mais les résultats sont vraiment excellents".
L'un des patients, Les Jackson, victime d'un accident de moto puis d'une sérieuse dépression, a été l'un des "cobayes" de cette expérience. "De l'envie de vous suicider -on peut difficilement aller plus bas que ça- à l'état dans lequel je suis maintenant, c'est vraiment positif", témoigne-t-il.
Une autre patiente, Tania McClune, explique n'avoir jamais trouvé un traitement efficace en 20 ans de dépression... jusqu'à la prescription de kétamine. Depuis ses injections, elle décrit être "plus heureuse, plus motivée, ce qui ne (lui) arrivait jamais avant".
Des résultats en une seule journée...
Le professeur Colleen Loo, du Black Dog Institute, a mené des expériences sur la kétamine en 2012, et espère maintenant obtenir des financements supplémentaires. "Les effets ainsi que la vitesse de guérison de la kétamine sont proprement extraordinaires. Les autres traitements comme la psychothérapie ou l'électro convulsivothérapie ne donnent des résultats avant des semaines. Passer de la dépression à un état stable en un jour, c'est du jamais vu", plaide-t-elle.
"Aux Etats-Unis, la kétamine est déjà utilisée comme traitement antidépresseurs, alors que l'Australie est à la traîne", déplore le professeur. En France, la kétamine est utilisée pour les anesthésies humaines et vétérinaires, mais est considérée comme une drogue en dehors de ces usages.
...Mais pas encore assez de certitudes
Mais malgré l'engouement visible du professeur Loo, interrogé par ABC, il est encore "trop tôt" selon elle pour généraliser l'utilisation de la kétamine pour les traitements cliniques.
"Avec les nouveaux traitements, il faut répondre à trois questions essentielles: est-ce que ça marche, comment le prescrire -à quelle dose, combien de fois- et enfin, est-ce que c'est sûr? Or nous n'avons pas encore répondu convenablement à ces trois questions", explique encore la scientifique. "Il faudra donc s'y atteler avant d'encourager les patients à franchir le cap", ajoute-t-elle. Prudence, donc.
Drogue hallucinogène
Trop tôt pour parler d'un traitement, mais l'espoir est bien là, se félicite le professeur Barrett. "Le gros challenge à long terme, disons dans 5 ou 10 ans, sera de développer un médicament sous forme de tablette", explique-t-il, alors que le traitement expérimental se fait par injection.
La kétamine a été utilisée pour la première fois comme anesthésiant pendant la guerre du Vietnam. Son usage a ensuite été étendu (ou restreint, selon les pays) à l'usage vétérinaire, puis détourné comme drogue en raison de ses propriétés hallucinogènes à certaines doses.
