Le nombre de cancers du foie dans le monde pourrait augmenter de 55% d'ici à 2040, à moins d'une lutte plus active contre la maladie. Une étude publiée le 6 octobre, dans le "Journal of Hepatology", une revue scientifique évaluée et reconnue par ses pairs, met en garde contre ces chiffres alarmants, calculés sur la base de données récoltées dans 185 pays.
En 2020, plus de 905 000 personnes ont été diagnostiquées d'un cancer du foie, et 830 200 d'entre elles en sont mortes, indiquent les scientifiques du Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), une branche de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) basée à Lyon. Selon l'étude, le cancer du foie faisait partie des trois premiers cancers causant la mort dans 46 pays, et des cinq premiers cancers responsables d'un décès dans 90 pays.
Les cas augmentent en Europe
Au rythme actuel, les auteurs prévoient que 1,4 million de personnes seront diagnostiquées et 1,3 million mourront d'un cancer du foie d'ici 2040. Ces chiffres sont calculés sur la base des taux d'incidence et de mortalité pour 2020, et des projections démographiques mondiales jusqu'en 2040.
Cela représenterait une augmentation d'environ 500 000 par an, tant pour le nombre de cas que pour le nombre de décès, "à moins que nous n'obtenions une diminution substantielle des taux de cancer du foie grâce à la prévention primaire", a déclaré à l'AFP l'épidémiologiste du CIRC Harriet Rumgay, auteure principale de l'étude.
Plus de la moitié des cas diagnostiqués et des décès attribués au cancer du foie en 2020 ont eu lieu en Asie de l'Est. Cependant, "les taux ont augmenté dans de nombreux pays à faible incidence à travers le monde, tels que les Etats-Unis, l'Australie et plusieurs pays européens", préviennent les scientifiques.
Un cancer "largement évitable"
Les facteurs aggravants sont l'âge et le sexe, les hommes étant plus touchés dans tous les pays ayant fourni des données. Les infections à l'hépatite B (VHB) et C (VHC) représentent également le facteur de risque extérieur le plus important dans le déclenchement d'un cancer du foie. "Des études récentes suggèrent qu'environ 56% des cancers du foie sont liés au VHB et 20% sont liés au VHC ", pointent les scientifiques.
"Ce cancer est largement évitable si des efforts de contrôle sont faits - les principaux facteurs de risque étant le virus de l'hépatite B, le virus de l'hépatite C, la consommation d'alcool, l'excès de poids et les conditions métaboliques, y compris le diabète de type 2", a déclaré dans un communiqué la co-auteure de l'étude, Isabelle Soerjomataram. Le tabagisme est également cité comme cause importante.
La sombre prédiction de l'étude illustre la nécessité de renforcer les progrès pour lutter contre les hépatites B et C, qui ont été freinés par la pandémie de Covid-19, ont déclaré les chercheurs, appelant à davantage de vaccinations, de tests et de traitements. Ils plaident aussi pour davantage de politiques dirigées contre la consommation d'alcool, et le développement d'une stratégie pour freiner le diabète et l'obésité dans le monde, tous deux en augmentation.
