C'est un médicament porteur d'espoir pour les femmes atteintes du cancer du sein. Plus particulièrement d'une forme agressive de la maladie appelée "triple négatif". Si elle est moins fréquente que les autres formes du cancer du sein, elle représente environ 15% des cas, soit quelque 9000 personnes chaque année. Par ailleurs, les risques de récidives sont élevées : 30% dans les trois ans qui suivent le diagnostic.

Contre ce cancer, "il existe enfin un traitement prometteur produit par un laboratoire américain, qu'on appelle le Trodelvy", a récemment souligné Olivier Véran lors de la séance de questions à l'Assemblée. Celui-ci est officiellement disponible depuis ce lundi 1er novembre, grâce à une autorisation d'accès précoce. C'est justement le premier produit, hors Covid, à bénéficier de la réforme du mécanisme d'accès précoce au marché pour les médicaments innovants. Une procédure exceptionnelle, qui concerne des maladies graves, rares ou invalidantes, qui nécessitent des soins urgents mais pour lesquelles il n'existe pas de traitement approprié.

En quoi consiste ce traitement ?

Le Trodelvy (ou sacituzumab govitecan) est un traitement par anticorps conjugué à une chimiothérapie, fabriqué par le laboratoire Gilead.

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Dans le détail, il "associe 2 molécules : un anticorps et une chimiothérapie. L'anticorps va se fixer à un marqueur, le Trop-2, qui se trouve à la surface d'une grande majorité des tumeurs du sein triple négatif et permet ainsi de délivrer la chimiothérapie de façon ciblée", détaille le Saghatchian, oncologue à l'hôpital américain de Paris, au magazine de l'association Rose up, qui vient en soutien aux malades du cancer.

Pourquoi est-il jugé prometteur ?

Parce qu'il offre une espérance de survie de 5,6 mois contre 1,7 mois avec la chimiothérapie, soit une augmentation de 40%. "Les données d'efficacité et de tolérance mettent en lumière un gain absolu de survie de près de quatre mois", précise la HAS dans son communiqué de presse publié début septembre. Le taux de survie à cinq ans est de 11,3% et les options thérapeutiques pour traiter ce cancer "sont rares et souvent peu efficaces", poursuit l'instance. La médiane de survie globale a été doublée grâce au Trodelvy (12,1 mois, contre 6,7 mois avec la chimiothérapie).

"C'est un vrai progrès, on n'avait jamais eu d'aussi bons résultats dans cette situation pour le cancer du sein triple négatif métastatique", assure à l'AFP Delphine Loirat, oncologue médicale à l'Institut Curie et investigatrice principale de l'étude ASCENT, qui a évalué cette thérapie.

Pour qui sera-t-il disponible ?

La HAS avait annoncé que les patientes atteintes de ce cancer - sur lesquelles les médicaments actuels ne font pas effet - pourraient exceptionnellement recevoir ce nouveau traitement qui n'est pas encore autorisé. Le ministre de la Santé Olivier Véran, l'a donc récemment confirmé à l'Assemblée nationale : le Trodelvy sera disponible en France en accès précoce à compter de ce lundi 1er novembre.

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Jusqu'à présent, en attendant l'autorisation de mise sur le marché (AMM) par l'Agence européenne des médicaments - qui vient juste d'être donnée -, des autorisations temporaires d'utilisation (ATU) nominatives avaient été accordées en France, bénéficiant à quelques dizaines de femmes seulement.

La HAS a accordé une autorisation d'accès précoce au Trodelvy pour un an. "La durée de cette autorisation d'accès précoce devrait permettre de répondre aux besoins de l'ensemble des patientes concernées en attendant l'aboutissement de la procédure d'obtention d'une autorisation de mise sur le marché", précise-t-elle.

Selon Claude Coutier, 52 ans, porte-parole du collectif #Mobilisationtriplettes, constitué il y a moins d'un an par des femmes atteintes du cancer triple négatif, "quelque 600 femmes ont besoin en urgence du Trodelvy". "Des familles vont pouvoir rester ensemble plus longtemps, ça donne l'espoir de voir arriver ensuite d'autres traitements", selon elle.