L'heure est à l'allégement. Invité du 13h de TF1 ce jeudi 3 mars, le Premier ministre, Jean Castex, a dévoilé deux mesures d'assouplissement appelées à modifier notre quotidien, dès le 14 mars prochain : la fin du port du masque dans la quasi-totalité des lieux où il était obligatoire et la fin du passe vaccinal.
"La situation s'améliore grâce aux décisions que nous avons prises", s'est-il félicité. Le passe sanitaire restera toutefois obligatoire dans les établissements médicaux, comme les hôpitaux et les Ehpad, de même que l'obligation vaccinale qui s'applique aux soignants, a-t-il précisé. Infectiologue et directeur médical référent Covid-19 à l'hôpital Raymond-Poincaré de Garches (Hauts-de-Seine), Benjamin Davido estime que le moment est bien choisi pour alléger les mesures sanitaires.
L'Express : Comment accueillez-vous les mesures annoncées par Jean Castex ?
Benjamin Davido : Je pense que l'assouplissement des restrictions sanitaires est logique. Aujourd'hui, nous avons quinze jours de recul sur certaines mesures d'allégement - notamment dans les restaurants et avec la réouverture des discothèques -, alors même que se poursuit la décrue dans les hôpitaux. Les Français sont largement couverts et cela conduira à une immunité collective. Du côté du gouvernement, il y a une volonté de communiquer sur une sortie de crise au retour des vacances scolaires, de surcroît à un mois de l'élection présidentielle. Par la suite, pourquoi ne pas enchaîner sur d'autres mesures qui iront dans le sens de ce que j'appelle "la vie d'après" ?
En revanche, je n'ai pas compris la fin du passe vaccinal au profit d'un passe sanitaire - obligatoire dans les établissements de santé. Je trouve cela assez embrouillant dans l'esprit des Français. Cela peut d'ailleurs en inciter certains à ne pas se faire vacciner.
Si je suis en accord avec l'allégement annoncé par l'exécutif, j'espère voir dans la campagne du président Emmanuel Macron des stratégies plus pérennes pour lutter contre le Covid-19. J'attends une cohérence sur la durée.
La fin du port du masque en intérieur n'arrive-t-elle pas trop tôt ?
Je ne pense pas. Aujourd'hui, la règle, c'est d'être protégé. Quand tout monde aura croisé le virus, il y aura cette immunité vaccinale et naturelle. Par conséquent, le virus va avoir du mal à circuler, c'est d'ailleurs ce qui est en train de se passer aujourd'hui, puisque nous enregistrons environ 50 000 contaminations quotidiennes. A partir de ce moment-là, le risque d'être contaminé pour les personnes immunodéprimées baisse. Aussi, la probabilité de développer une forme grave et d'être hospitalisé après avoir contracté le variant Omicron est plus faible.
Deux ans après le début de la pandémie, nous arrivons à des solutions presque à la carte : les vaccins de Novavax arrivent, on dispose d'anticorps monoclonaux en prévention et de traitements... L'idée n'est pas de faire peser les mesures sur les personnes fragiles et vulnérables, mais de recentrer la gestion de la crise sanitaire sur ces gens-là. Il faut se projeter vers quelque chose d'un peu plus nouveau et d'un peu plus acceptable pour l'ensemble de la population.
Observez-vous vraiment la fin d'une vague à l'hôpital ?
Je vais vous donner cet exemple : le seul malade [atteint du] Covid-19 qu'on nous a envoyé aujourd'hui était en fait positif à la grippe. La demande est moindre et cela rejoint l'idée de l'importance de la gestion des maladies infectieuses en général. Comme nous le savons, l'épidémie de grippe s'arrête souvent à la fin du mois de mars. Or, si la fin du Covid-19 suit cette même parallèle, cela signifie que l'on va devoir gérer l'un comme l'autre avec des stratégies qui tiennent sur la longueur et probablement calquées sur les mêmes populations. Plus globalement, quand on a de nouveaux résultats et de nouveaux outils, on ne peut pas gérer la crise comme avant, cela n'a pas de sens.
Comment voyez-vous l'évolution de la pandémie dans les prochaines semaines ou les prochains mois ?
Je suis convaincu que l'on va passer un été assez tranquille sur le plan sanitaire. Evidemment, je reste toujours très prudent : personne n'avait vu la vague Delta l'été dernier. Quand bien même les conditions seraient réunies pour créer une nouvelle vague, elles seraient contrebalancées par l'immunité collective qui devrait être obtenue à la fin du mois d'avril. En parallèle, il faut aussi se concentrer sur les indicateurs qui comptent maintenant : le nombre de patients hospitalisés et en réanimation. Lorsqu'on enregistrera moins de 1 500 personnes en réanimation, ce sera déjà satisfaisant [NDLR : contre plus de 2 300 actuellement].
Par ailleurs, il est important de regarder le nombre de morts, afin d'être plus exigeant pour la prochaine vague. Nous ne parlons jamais de ce chiffre car il est honteux, notamment dans un pays doté de tels moyens. Il est malheureusement encore très important quotidiennement - 186 morts mercredi 2 mars. Il faudra un jour prendre en considération les morts et remettre l'église au milieu du village. Ce chiffre doit être inclus dans les critères de politique de santé.
