C'est le genre de prophétie dont on aurait aimé qu'elle ne se réalise pas. Fin août, la nouvelle présidente du comité de veille et d'anticipation des risques sanitaires, Brigitte Autran, avait prévenu d'une remontée des cas de Covid-19 à la fin de l'été. "Le scénario le plus probable est celui d'un pic épidémique à la rentrée", avançait-elle alors.
Cette fois les indicateurs sont clairs et semblent lui donner raison. Avec plus de 17 000 cas quotidiens au 13 septembre, le nombre de nouvelles contaminations au Covid-19 est en hausse de 10% par rapport à la semaine dernière et, signe d'une réelle augmentation du virus sur le territoire, le taux de positivité des tests frôle les 16%. Ces derniers jours, l'épidémie s'accélère, avec un taux de croissance des cas dépassant les 30%. "Ce n'est pas une remontée accidentelle, mais une réelle tendance qui s'étale sur plusieurs jours et qui marque potentiellement le début de cette huitième vague", confirme l'épidémiologiste et professeur de Santé publique à l'Ecole des hautes études en santé publique, Pascal Crépey.
Comme le craignait Brigitte Autran, la rentrée scolaire semble en partie porter la dynamique de cette épidémie. Les deux précédentes années de pandémie nous l'ont appris, la fin de l'été et le début de l'automne sont des moments propices aux nouvelles contaminations. Mais cette fois la reprise semble précoce. "On ne s'attendait pas forcément à un redémarrage dès cette période, en 2020 et en 2021 ce n'était pas la rentrée scolaire qui avait été l'élément déclencheur", précise l'épidémiologiste.
Les inconnues s'accumulent
Hormis quelques départements méditerranéens ou du Sud-Ouest, cette reprise touche une grande majorité du territoire métropolitain et, en raison de ce nouveau brassage dans les salles de classe, c'est par l'intermédiaire des populations les plus jeunes que redémarrent ces contaminations. Dans la tranche des 0 à 19 ans, le taux de croissance des nouveaux cas atteint près de 60% en date du 9 septembre. Ainsi, c'est parmi les plus jeunes scolarisés que le taux d'incidence (le nombre de cas par semaine pour 100 000 habitants), se révèle le plus élevé. Chez les 3-5 ans ce même taux d'incidence, est de 253, quand le seuil d'alerte reste fixé à 50...
Comment expliquer cette reprise ? Selon le comptage réalisé par Santé publique France, la dynamique reste imputable à BA.5, un sous-variant d'Omicron, qui s'impose depuis le début de l'été en France et qui a été à l'origine de la septième vague en juillet. Avec ses différentes évolutions, BA.5.1 / BA.5.2 / BA.5.2.1, il représente toujours l'immense majorité des nouveaux cas (95% des séquences selon le dernier bilan de SPF). Difficile pour autant d'affirmer que cette reprise épidémique est liée à des réinfections par ce variant BA.5. "Ces infections sont surtout liées au délai passé depuis la dernière infection au SARS-COV-2, ou à la dernière injection", analyse le Pr Jean-Michel Pawlotsky, virologue, chef du pôle biologie à l'hôpital Henri-Mondor de Créteil, qui souligne qu'"il n'y a pas d'information très solide sur le fait que le BA.5 facilite les infections".
Difficile pour le moment de savoir quelle sera l'ampleur de cette vague, tant les inconnues s'accumulent sur ce variant. L'une des principales questions est celle du niveau de protection immunitaire de la population. "Le fait que cette reprise épidémique intervienne si tôt montre que l'on n'avait pas suffisamment d'immunité pour éviter un redémarrage des nouveaux cas", juge Pascal Crépey.
L'espoir d'une épidémie qui recule
Un constat qui relance l'argument d'une nouvelle vaccination de rappel pour les plus fragiles, mais pour le moment, la stratégie bute sur la quatrième dose pour les plus de 60 ans. Environ 30% de cette population cible l'a reçue. Pour le reste des Français, les précédentes vagues par BA.5 mais aussi par les variants antérieurs BA.4 ou BA.2, ont permis un solide niveau de protection. Le nombre de personnes hospitalisées en réanimation en raison du Covid-19 demeure actuellement à son plus bas niveau depuis le début de l'épidémie. Toutefois, les admissions en soins critiques connaissent ces derniers jours une légère remontée, qui pourrait s'accentuer avec l'augmentation du nombre de cas quotidiens. "Au vue des dernières poussées du virus, je n'ai pas d'inquiétude majeure pour les hospitalisations", tempère de son côté le Pr Jean-Michel Pawlotsky, qui insiste sur l'importance d'une campagne de vaccination de rappel chez les plus âgés.
Reste que ce retour du virus inquiète ceux qui sont en première ligne face au virus. Les nouveaux variants et leur capacité d'échappement immunitaires ont rendu la vaccination encore moins efficace chez les personnes immunodéprimées, et les anticorps de synthèses censés les protéger ont largement perdu en efficacité face à BA.5. "Les gens fragiles sont en bout de course pour ces traitements", rappelle Denis Malvy, infectiologue au CHU de Bordeaux et ancien membre du Conseil scientifique, qui plaide pour rendre plus visible cette part de la population directement exposée au Covid-19.
Les nouveaux vaccins bivalents, ainsi que les vaccins muqueux, laissent entrevoir l'espoir de voir l'épidémie reculer d'autant plus dans les mois qui viennent. Une fenêtre qui incite à redoubler d'efforts pour éradiquer l'épidémie. Ce mercredi, le directeur de l'OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, s'en faisait l'écho dans une déclaration d'un rare optimisme : "nous n'avons jamais été dans une meilleure position pour mettre fin à la pandémie". Et ajoutait : "Nous pouvons tous voir la ligne d'arrivée, nous sommes en passe de gagner mais ce serait vraiment le plus mauvais moment de s'arrêter de courir".
